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 La vérité est multitude

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Marc Valcoric  /  Autostoppeur galactique


C’est la délicate frontière entre la vérité et l’opinion, l’affirmation vraie et l’interprétation. Tout le thème de ce que je voulais provoquer dans ce débat que tu viens enrichir.
La Vérité approche du divin, du sacré, bien loin de l’homme. Cette Vérité Unique n’existe pas chez l’être humain. Pour affirmer une vérité, nous avons besoin de cadre, de références, de critères d’évaluation.
Passons à quelques illustrations de mon propos.
Pi est égal à 3,14. C’est une vérité avérée. Mais c’est loin d’être la Vérité, inaccessible à l’homme et aux machines qu’il construit. C’est une vérité dans un cadre bien précis, celui de deux chiffres après la virgule.
Moins mathématique, touchant plus à la philosophie… D’ailleurs le philosophe a écrit des dizaines de livres sur ce syllogisme et lancé de nombreux débats sans jamais réussir à affirmer quelle est la vérité sur Achille et la tortue. D’ailleurs, le matheu affirmera sa vérité, y apposant des équations pour prouver son dire, celle qui dément une vérité évidente pour nous :
Je vais rattraper mon enfant qui court deux fois moins vite que moi sans aucune difficulté. C’est-à-dire qu’il parcoure la moitié de la distance que je franchis pour le rattraper. C’est vrai, c’est la vérité, je le rattrape sans mal. Et pourtant quand je franchis la distance qui me sépare de lui, il a déjà parcouru la moitié de cette distance, et en philosophie et en mathématique, cela se répète.
Si l’on peut affirmer comme une vérité que cet homme est mort, c’est parce que nous avons posé des conditions à cette vérité, un cadre de référence précis. Autrefois, cette vérité était quand le croque-mort mordait le doigt de pied du corps, aujourd’hui il s’agit de mort cérébrale, clinique. Et demain !
On peut ainsi poser des vérités, en les cadrant, en prenant des références, pour un groupe d’individus, pour l’humanité, en posant des règles précises pour affirmer le fait.
Si je peux affirmer comme une vérité que mon chat est noir, c’est qu’il me tourne le dos, car je suis dans le vrai dans ce cadre de référence. Je suis assis à mon bureau, il est couché et je ne vois que le dessus de son pelage. Loin d’être l’unique vérité.
Donc la vérité n’est pas humaine, elle n’existe pas comme principe, on ne peut donc affirmer que dans un cadre, en dictant des lois, des règles précises et dans un environnement établi.
Toute la difficulté de faire distinguer à une classe que leur opinion, leur avis n’est pas la vérité, et qu’une vérité n’existera que si l’on y pose des conditions, un cadre de référence précis, et que si l’un des critères change, la vérité fait de même. Le concept de vérité est donc du domaine du sacré, et qu’une vérité, si fragile, ne s’applique bien souvent que pour une personne, un groupe, une nation… Et l’humanité, pourquoi pas, si l’on affirme une chose simple, bien cadrée dans nos actuelles connaissances. La terre est ronde ! Ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai, non ?
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   Pensée du jour  :  On ne caillasse pas des gens avec des chats, sinon on les chaillasse.
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Aomphalos  /  Gloire de son pair



Je ne comprends pas ce que tu veux dire lorsque tu dis que la vérité n'est pas humaine. Le concept de vérité désigne justement le rapport qu'entretient l'homme avec le réel. Il n'y a pas d'autre cadre que cette idée de réalité qui accompagne toutes nos représentations et s'il y a une sacralité originelle dans le concept de vérité, c'est peut-être au sens où la vérité est dévoilement, ainsi que le pensait les vieux grecs lorsqu'il usait du terme aletheia (dévoilement) pour désigner le vrai. Chercher le vrai c'est originairement soulever le voile du monde, découvrir la statue d'Isis de son voile blanc, dire ce qui est au-delà du sensible, dans les coulisses obscures de l'intelligence. Dire qu'il n'y a pas de vérité universelle pour l'homme, que je suis fondamentalement voué à l'échec dans ma quête du vrai, c'est une évidence, mais c'est de cette évidence première, de cette épreuve initiale que toute démarche rationnelle peut se comprendre.

Je crois que l'histoire de la philosophie peut entièrement être ramassé autour du problème de la vérité et de l'angoisse qu'implique son inaccessibilité. De Platon qui voit dans la recherche de la vérité l'enjeu de toute existence, qui considère que penser le vrai c'était redonner à son âme divine sa vraie place dans les sphères des idées jusqu'à Camus qui considère que toute philosophie début avec un "pourquoi" s’élevant dans une "lassitude teintée d'étonnement", la vérité est au cœur de ce qui vaut. De ce point de vue, je crois qu'il n'y a rien de plus humain, de moins divin, de moins lointain que le vrai.  Si, comme l'écrivait Dagerman, on peut dire que "la vie est un voyage entre des lieux qui n'existent pas", je crois que c'est parce que vivre c'est chercher.

Or justement je ne crois pas que la vérité "ne s’applique bien souvent que pour une personne, un groupe, une nation". Je suis peut-être trop amoureux de la philosophie et de son combat initial contre les sophistes pour qui la vérité n'était justement qu'une proposition valide pour ceux qui y adhèraient. Si la vérité est relative ou contextuelle, ce n'est pas par rapport aux hommes, c'est par rapport au réel. De fait, le réel ne peut pas être mouvant lui-même et il ne l'est qu'en raison d'une impuissance de l'homme à le saisir et à l'envisager dans ses arcanes. Lorsque Kant invente le concept merveilleux de "phénomène" pour décrire ce "monde tel qu'il m'apparaît", c'est pour désigner conceptuellement la dimension tangente du réel perçut et dire la distance irréductible qui existe entre moi et le monde (le réel tel qu'il est ou "noumène"). Pourtant, je ne crois pas qu'il y a là l'aveu d'un échec ou une fondamentale remise en cause de la vérité ; il s'agit simplement d'entendre d'où je pars lorsque je cherche à dire le monde. Je suis situé depuis un lieux, depuis un regard, et tout mon effort vise à m'échapper de lieux que j'habite, qui m'habite, qui est moi.

L'épistémologie des sciences expérimentales et la falsification de Popper, par exemple, renvoient exactement aux mêmes inquiétudes et au même espoir réitéré de parvenir, un jour, à dépasser l'aporie de nos propres regards.  Ce n'est pas parce que les propositions scientifiques ne peuvent, lorsqu'elles sont faites dans le cadre des sciences expérimentales, jamais atteindre une pure universalité, qu'il ne faut pas s'y essayer. Au contraire, la condition de la scientificité de ces propositions est qu'elles se construisent avec la conscience de l'impuissance de l'homme à dire en toute objectivité ce qui est. La force de la science de ce point de vue est d'avoir fait de l'impuissance malheureuse du sceptique, une conscience heureuse de ce qui est en mon pouvoir.

Bref, et pour revenir sur l'ensemble de ce que tu proposes, je ne crois pas que la vérité a de sens en dehors du référentiel, mais contrairement à toi je ne considère pas qu'il s'agit là d'une limite proprement humaine et qu'il faille considérer la situation de l'homme comme une impuissance à connaître une hypothétique Vérité Unique. Je crois que le concept de vérité n'a de sens que dans la mesure où il renvoie en propre au référentiel. De ce point de vue, je pense que l'intérêt de ce concept, comme principe, comme idéal, comme fondement de l'enquête sur le monde, c'est de fournir à l'esprit l'image d'un référentiel commun. Chercher la vérité, c'est croire à la possibilité du dialogue et dire qu'au-delà des relativités multiples qui me déterminent et déterminent mon regard, il existe un terrain où le discours dit fondamentalement quelque chose. Je ne peux pas dire qu'un tel terrain existe réellement et je pourrais même dans certain moment d'angoisse m'associer à la farouche incertitude du sceptique, mais je crois que la possibilité de cette île là est une absolue nécessité pour celui qui veut croire qu'il y a dans son regard le regard de son voisin.

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Marc Valcoric  /  Autostoppeur galactique


Quand je dis que la Vérité n'est pas humaine, c'est avec ce V majuscule... Car l'idée d'un référentiel unique/commun à tous, et de cette île inaccessible, me semble trop surnaturelle. Sans doute pouvons-nous trouver une vérité commune avec un autre, parfois une compagne de route, chez le voisin ou même de lointains étrangers pourquoi pas. Car comme tu le dis, la réalité construit la vérité, et hélas, même si certains trouvent dans la vie, comme moteur et objectif, la recherche de sa compréhension et ainsi atteindre le vrai, le réel est en toute chose, mais notre réalité reste assujettie à notre ressenti, à notre compréhension du monde, à notre savoir. Je crois d'ailleurs que si un jour nous parvenons à obtenir un référentiel unique, une réalité commune à tous, une vision du réel identique et donc une Vérité, c'est la fin de la vie, de l'espoir, de la soif d'apprendre, la perte totale d'objectif, comme le chercheur qui a trouvé la réponse à la question de sa vie et se trouve perdu une fois atteint son unique but de recherche.
Pour finir ma rapide réponse. Le moteur de l'humanité, son identité, le propre de l'homme, c'est cette recherche de la vérité, le questionnement, ce besoin de la connaissance, et nous sommes multitudes à chercher et nous perdre sur des chemins différents pour y parvenir. Atteindre cette île, c'est atteindre le "paradis", c'est la perte de l'humanité pour aller vers une autre conscience, inhumaine, divine (?), perdant tout relief, émotion et possibilité de débat et de remise en question.
Mais gardons cet espoir qui nous maintient et nous fait marcher, trouver "son regard dans celui du voisin", et remercions "le ciel ou qui l'on veut" de trouver, parfois, pendant quelques temps, une vérité commune, un référentiel commun avec un autre.
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