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 Les plus beaux poèmes

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Holopherne
   
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Holopherne  /  Tapage au bout de la nuit


Bacchante Triste

Le jour ne perce plus de flèches arrogantes
Les bois pleins d’ombre tiède et de rayons enfuis,
Et c’est l’heure troublée où dansent les Bacchantes
Parmi l’accablement des rythmes alanguis.

Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes,
Leurs pieds vifs sont légers comme l’aile des vents,
Et le rose des chairs, la souplesse des lignes
Remplissent ta forêt de sourires mouvants.

La plus jeune a des chants qui ressemblent au râle :
Sa gorge d’amoureuse est lourde de sanglots.
Elle n’est point pareille aux autres, — elle est pâle,
Son front a l’amertume et l’orage des flots.

Elle est ivre à demi, mais son ivresse est triste,
Sans éblouissements de rêves amoureux :
Le vin de pourpre et d’or, où le soleil persiste,
Le vin des vieux chanteurs lui laisse un goût fiévreux.

Tout en elle est lassé des fausses allégresses.
Le sel mordant des pleurs, qui désole et meurtrit,
Vient corrompre la flamme et le miel des caresses :
Aux festins, elle seule est sombre quand on rit.

Car elle se souvient des baisers qu’on oublie,
Elle n’apprendra pas le désir sans douleurs,
Celle qui voit toujours avec mélancolie
Au fond des soirs d’orgie agoniser les fleurs.

Renée Vivien
 
Juliette n'avait pas peur
   
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Juliette n'avait pas peur  /  Navet Vapeur


Claude Esteban, Quelqu'un commence à parler dans une chambre, extraits

Chaque soir laissez la porte entrouverte,
il se pourrait qu’un souffle d’air veuille entrer
et avec lui peut-être un papillon de nuit, une feuille

tant de choses peuvent renaître si le temps
se promène à son gré dans le noir des chambres

et s’attarde sur un miroir ou dessine
dans la tête de celui qui dort une autre pensée

Le temps n'aime pas les portes qui se referment
pour se rouvrir au matin comme si l'homme depuis toujours
disposait des heures qui tournent

*

Le soir venu, on se prépare pour un voyage
qui n'aura jamais lieu puisque bien sûr on ne part pas
mais c'est quand même chaque soir un moment
très extraordinaire car avant de tout quitter il faut
mettre en ordre sa maison et chacune de ses pensées
qui prenaient tant de place et n'en garder qu'une
ou deux, les plus légères, pour son bagage

le soir venu, c'est comme si quelqu'un
qui n'est pas vous disposait de chaque chose
à votre place, mais sans vous faire souffrir, juste
pour vous aider et l'on se prend, dieu sait pourquoi,
à aimer ce compagnon sans visage et quand il faut
partir on voudrait presque l'embrasser, lui qui ne
s'en va pas, et l'on reste avec lui, très tard, sous les ombrages.
 
Noriko
   
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Noriko  /  Homme invisible


Rue de Seine

Rue de Seine dix heures et demie
le soir
au coin d’une autre rue
un homme titube… un homme jeune
avec un chapeau
un imperméable
une femme le secoue…
elle le secoue
et elle lui parle
et il secoue la tête
son chapeau est tout de travers
et le chapeau de la femme s’apprête à tomber en arrière
ils sont très pâles tous les deux
l’homme certainement a envie de partir…
de disparaître… de mourir…
mais la femme a une furieuse envie de vivre
et sa voix
sa voix qui chuchote
on ne peut pas ne pas l’entendre
c’est une plainte…
un ordre…
un cri…
tellement avide cette voix…
et triste
et vivante…
un nouveau né malade qui grelotte sur une tombe
dans un cimetière l’hiver…
le cri d’un être les doigts pris dans la portière…
une chanson
une phrase
toujours la même
une phrase
répétée…
sans arrêt
sans réponse…
l’homme la regarde ses yeux tournent
il fait des gestes avec les bras
comme un noyé
et la phrase revient
rue de Seine au coin d’une autre rue
la femme continue
sans se lasser…
continue sa question inquiète
plaie impossible à panser
Pierre dis-moi la vérité
Pierre dis-moi la vérité
je veux tout savoir
dis-moi la vérité…
le chapeau de la femme tombe
Pierre je veux tout savoir
dis-moi la vérité…
question stupide et grandiose
Pierre ne sait que répondre
il est perdu
celui qui s’appelle Pierre…
il a un sourire que peut-être il voudrait tendre
et répète
Voyons calme toi tu es folle
mais il ne croit pas si bien dire
mais il ne voit pas
il ne peut pas voir comment
sa bouche d’homme est tordue par son sourire…
il étouffe
le monde se couche sur lui
et l’étouffe
il est prisonnier
coincé par ses promesses…
on lui demande des comptes…
en face de lui…
une machine à compter
une machine à écrire des lettres d’amour
une machine à souffrir
le saisit…
s’accroche à lui…
Pierre dis-moi la vérité

Prévert
 
LeBossu
   
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LeBossu  /  Autostoppeur galactique




« Ô brume, ma sœur, ton souffle blanc
     n'est pas encore prisonnier d'une forme,
Et je reviens à toi, semblable moi aussi à
     un souffle blanc, sans voix,
Une parole non encore prononcée.

… »

Spoiler:
 



Gibran Khalil Gibran. Le Jardin du Prophète, traduit de l'anglais par Claire Dubois
 
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Invité  /  Invité


Beautips

For attractive lips, speak words of kindness.

For lovely eyes, seek out the good in people.

For a slim figure, share your food with the hungry.

For beautiful hair, let a child run his/her fingers through it once a day.

For poise, walk with the knowledge that you never walk alone.

People, even more than things, have to be restored, renewed, revived, reclaimed, and redeemed; never throw out anyone.

Remember, if you ever need a helping hand, you will find one at the end of each of your arms.

As you grow older, you will discover that you have two hands; one for helping yourself, and the other for helping others.

ah
 
Cloris
   
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Cloris  /  Barge de Radetzky


Robert Vigneau, Merde


En haut la tête, en bas les pieds.
Mais au mitan du singulier
Quel obscur prodige on promène
Emballé doux dans l'abdomen?
Sa merde, hélas, léger fardeau
Toujours porté incognito

On l'emmène aux fêtes, aux travaux
Du premier lait jusqu'au tombeau.
On veille et on dort avec elle.
A notre corps elle est fidèle
Et reste enlacée dans nos flancs
Au-delà du fatal instant
Quand tous et tout nous abandonne.
 
Aomphalos
   
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Creeley - Le Sortilège

"Par-delà cette route l'obscurité se tord de
chaleur. Deux, puis trois ou quatre
amants fins connaisseurs d'eux-mêmes
sont assis ici dans des poses
indécises, empruntés. Ils sont assis.
L'herbe tranquille jonchée de roses.

D'abord ça. Le beau
arrive ensuite. L'amour, tellement de roses,
les amants fins connaisseurs d'eux-mêmes,
les poses indécises empruntées. Regardez.
Chacun égare ce qu'il se garde."


Quasi-Objectivisme - Mahendra Singh Dhoni (allez le lire c'est bien)

Des poèmes et ici un endroit pour les commenter.
Un roman et ici un endroit pour le commenter.
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Pasiphae
   
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c'est magnifique Sad


Poésie - Miettes - Elèves - Nouvelles - Thèse - Roman - L'heure du thé
Les plus beaux poèmes - Page 60 Captur10
 
Aomphalos
   
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J'ai été bien conseillé, il me semble ! Je vais en faire deux ou trois lectures et les poster ici, c'est trop beau.


Quasi-Objectivisme - Mahendra Singh Dhoni (allez le lire c'est bien)

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Mar 2 Avr 2019 - 15:04 : होली

Holi va légèrement, elle se réveille comme un personnage de Capote sublimé à l'écran, la lune s'apercevant sur les petits vallons, et les petits tertres que compose la rivière à la lune — où luit l'eau comme un mercure. On loue le maître du monde, enfant, berger et centre de dévotion ; on loue le désir, lui aussi, le plus puissant parmi les plus grandes puissances divines — toutes se valent, une fois le temps passé ; l'enfant de la loi et de la dévotion, désir, est la victoire dont rêvent les fascistes, les italo-futuristes toutes proportions gardées sous leur joug ; c'est qu'il ne s'agit pas de vitesse, de civilisation urbaine ou encore de machines.

Rien de cela ! Il ne s'agit que d'amour : l'amour de la vitesse, l'amour de la ville et l'amour des machines. Le désir devait tirer ce qui porte le bonheur de l'ascèse, ignorant tout de cette âme courroucée : le front s'ouvre, explose comme un soleil, et l'apparence du désir est toute rendue aux cendres. Cette nécessité qu'a le désir à s'incarner n'est rien d'autre que l'amour du corps, la joie de sensations perdues, retrouver les membres fantômes. Bura na mano, Holî ha, ne vous fâchez pas, c'est la Holi ! On boit le Bhang, sorte de gangue diamantée, parfumée aux montagnes d'Hindou Kouch et du Tibet. La nuit dernière, le grand feu brûlait.

Aujourd'hui, les castes se mêlent, se tâchent au vert, à l'orange, au bleu et au rouge — ne soyez pas fâché·es, c'est Holi !  

*Embarassed je me permets de m'autosucer un max parce que, bon, on le sait tous j'ai un ego gros comme as, mais là je trouve la coïncidence heure/date et thème super super belle, et je me sens un peu devin pour le coup. La Holi, évidemment ! (Holi = brûler)*
 
mirasoleou
   
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p.22, nous, le ciel, de Rémi Checchetto

Même en chemin vers le désert on a le ciel, même dans le désert on a le ciel, même si on est le désert on a le ciel, même si on est une partie nulle du monde, où nul violon, où nul autre maître que la pointe du cactus, on a le ciel, même si le soleil est de plomb, même si ce plomb est la chair de notre cervelle, on a le ciel, on a toujours le ciel, le ciel qu'on a n'est pas le ciel qui est le ciel, le ciel qu'on a quand on est en chemin vers le désert, quand on est dans le désert, quand on est le désert est une chose énorme ou minime, un être puissant ou pas, une force hostile ou non, une attraction ou une abstraction, le ciel qu'on a dépend du désert qu'on est, le ciel est le ciel, le ciel qu'on a n'est pas le ciel qui est le ciel, le ciel subit nos lessives, nos sommeils, le gras, le glas qui nous vient, nous tient, le ciel est notre vue qui nous répète, répète, répète, répète, répète

p.38

Ciel, nous avons passé les frontières de nos peaux, dépassé l'idée des cellules et des gènes, dépassé nos stériles horreurs si stériles, nous voici en pleine intimité avec nous-mêmes, là où nous sommes de nous-mêmes, là où nous donnons vie
 
cmllrz
   
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cmllrz  /  Autostoppeur galactique


Aomphalos a écrit:
Creeley - Le Sortilège

"Par-delà cette route l'obscurité se tord de
chaleur. Deux, puis trois ou quatre
amants fins connaisseurs d'eux-mêmes
sont assis ici dans des poses
indécises, empruntés. Ils sont assis.
L'herbe tranquille jonchée de roses.

D'abord ça. Le beau
arrive ensuite. L'amour, tellement de roses,
les amants fins connaisseurs d'eux-mêmes,
les poses indécises empruntées. Regardez.
Chacun égare ce qu'il se garde."

merci pour la très belle découverte !
http://camilleruiz.wordpress.com
 
Pasiphae
   
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Pasiphae  /  Truquage geniphasien


Rang de passe-crassanes

La bêche est restée là plantée dans le décor
la terre est retournée, l'aire est plus terne encore
avec le petit tas de cendres mortes
mais oui mon gars, regarde un peu ce qu'ils apportent
les poiriers tors et leurs moignons noués, chargés d'années
qu'on croyait morts, ne sont pas condamnés
chandelles rallumées bien plus fortes et bien plus belles
encore et pour les honorer
on veut les comparer à des chandelles surannées
à des bouquets de neige, oui des succédanés
En fait on a peut-être tort car c'est assez que d'être
des poiriers et à son sort de se soumettre
tel quel, c'est même beaucoup plus encore

(Au lever)
22 mars 1990

Yves Leclair, L'Or du commun, 1993

un autre, pour celleux qui aiment (belle découverte pour moi, le travail sur les sonorités me fait penser à du Aomphalos) ; c'est le premier livre édité du poète, qui écrit encore

Spoiler:
 


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Lo.mel
   
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Lo.mel  /  Troll hunter un jour, troll hunter toujours


La chambre, par Ilarie Voronca.

À Colomba.


Je vais te parler des chambres où nous avons vécu. Des chambres que nous n’avons fait qu’apercevoir dans un rêve. Des chambres d’un jour; des chambres d’un mois; des chambres d’une année. Des chambres froides où nos mains se cherchaient effrayées et glacées. Des chambres étouffantes donnant sur une mer tropicale. Des chambres silencieuses comme des tombes. Des chambres bruyantes comme des foires. Chambre blanche de Raguse, les murs sont de vastes miroirs pour le sommeil mouvant des vagues. La craie des mouettes écrit des mots magiques sur le tableau noir de notre souvenir. Chambre vieille de Vienne, sentant le moisi et le renfermé; je suis couvert de sueurs dans le lit et j’ai froid et tu appelles affolée un médecin. Chambre terrible, chambre déserte de Soubolitza en Yougoslavie où notre cœur se déchire entre le désir de retourner en arrière et celui d’aller plus loin. Il n’y a que quelques brindilles pour le feu, et le froid est si grand que nos voix sont comme des morceaux de glace dans nos bouches. Chambre de Venise pesante, lourde comme un tapis plein de broderies et de monnaies anciennes; la mer comme une tireuse de cartes fait sa réussite multicolore. Chambre au baldaquin haut de Pavie, les murs ont un regard de pierre. Chambre de Kaspitcheak en Bulgarie, sentant la terre fraîche et le fumier. O! Chambre vaste et lumineuse de tes parents dans le quartier sud de Bucarest, la nuit comme une main chaude, le dernier fiacre qui s’en va en rêvant sous les fenêtres. Et la chambre inhospitalière dans cet hôtel de Berlin. Et ces chambres qui sont la seule chose que nous avons connue d’une ville; chambre de l’hôtel de Varsovie où les bras des neiges nous ont enlacés et où nous sommes restés de minuit à sept heures du matin. Chambre de Zagreb où par la fenêtre se dessinaient les montagnes. Nous avons rêvé de monter sur les cîmes et de crier au soleil: Hé, nous voici, Soleil! Mais nous n’y sommes jamais revenus. Chambres de Nantes, de La Rochelle, de Bordeaux, du Havre et ô! les chambres de Paris où nos années sont restées comme en des coffres secrets: chambre désolée et vide de la rue Brancion, chambre comme une plage dévastée de la rue Jonquoy. Chambres étroites comme des cercueils où la voix des voisins était haineuse comme la voix des morts. En Suisse, à Vevey, nous avons passé une nuit dans une chambre de vivants; les draps étaient très blancs et à travers les rideaux le lac nous invitait vers son ciel noble. La matin le bon café et le beurre, les confitures ô! belle aube de Suisse. Mais je tremble, une main serre mon cœur comme une éponge. J’entends mon sang qui coule goutte à goutte dans une grotte: je vois la chambre d’hôpital, tu es là après l’opération, tu as un regard si bon, si doux, tu me pardonnes de t’avoir menée dans cette salle hostile. Ta voisine est une petite fille, en face il y a une femme qui te ressemble et son mari qui me ressemble, ils se tiennent les mains, ils ne se disent rien, ils se regardent, c’est peut-être nous-mêmes car nous aussi nous nous taisons, nous nous tenons les mains, nous nous regardons. J’ai peur et je cache ma peur. Dehors les peintres sont en train de peindre les murs, ils sont habillés de blanc, les infirmiers aussi sont habillés de blanc, ce sont peut-être des peintres eux aussi et ils blanchissent à la chaux nos âmes. Quand je m’en allais je rôdais autour de l’hôpital et j’emportais en moi la chambre avec ses lits et ses malades comme un tiroir dans une armoire. Ô ! Il y a aussi les chambres trop vastes qui dépassent les frontières du monde, et celles qui tombent comme des navires au fond de nous et celles où l’on aime revenir pour retrouver son propre visage: Ai-je beaucoup changé? Il y a les chambres où je suis allé avec des femmes de passe et ton souvenir me faisait mal et donnait un goût très amer à l’amour, je fuyais ensuite par les rues et la chambre avec son odeur étrangère cognait les parois de ma tête et ne voulait pas s’en aller, ne voulait pas…

Chambre, je n’ai été en toi que quelques heures
Mais toi, tu resteras, toute ma vie, en moi,
Certes, nous sommes comme ces boissons qui gardent
Longtemps le goût de terre de la cruche qui les a contenues.

Les visages d’aucuns sont comme les cartes
Où se lit le dessin des chambres qu’ils habitent.
Il y a des chambres trop larges comme des pardessus d’emprunt
Il y a des chambres où l’âme doit se voûter comme un dos.

Il y a des chambres si aérées, si claires
Que rien ne les sépare des montagnes qui les entourent.
La forêt, les étoiles s’approchent des fenêtres,
On prend le thé avec des amis sur la terrasse.

Il y a la chambre où est enfermée ton enfance
Elle se méfie, elle ne te reconnaît plus très bien,
Il y a la chambre où ton père a été malade
Trois mois il a attendu la mort, et elle est venue.

J’ai passé à travers beaucoup de chambres
En les quittant je paraissais le même, mais les murs,
Les miroirs fumeux, les objets qu’enchaînait l’ombre
Gardaient, chaque fois, mon visage secret.

Ceci était ma chair et ceci fut mon sang
Versé de verre en verre, distribué à table,
Parfois je me surprends au milieu d’une chambre
Faisant le pas, le geste venant d’une autre chambre.

Il y avait une porte ici? Il n’y en a plus.
Et la fenêtre où est-elle donc? Il y avait
Un aboiement comme un linge à sécher dans la cour,
De l’autre côté du mur, une voix animée.

Mais ce n’est peut-être partout qu’une même chambre
Que l’on porte avec soi et qui s’adapte aux murs,
Dans les palaces, ou dans une mansarde, ou au fond d’une cave,
Elle sort de nous et recouvre tout de son étoffe.

Chambre qui donnait vers une cour sombre,
Chambre où résonne encore la voix de l’ami,
Lui, il est déjà moins qu’une ombre,
Mais sa toux, sans poitrine, s’affole en cette chambre.

J’ai connu aussi la chambre au retour de voyage
Et cette odeur de cuir et de départs,
La chambre entourée d’orages,
Et envahie par la mer de toutes parts,

Il y a vraiment des chambres qui ne veulent pas de vous,
Qui vous vont mal, qui vous tolèrent à peine,
Il y en a d’autres où l’on se sent à l’aise,
Le cœur tranquille, un livre ouvert sur les genoux.

Car il faut que l’on se mêle à la chambre,
Que l’on se perde en elle comme en un nuage,
Qu’il y ait entre vous et elle un courant continu,
Que l’on s’aime et que l’on se ressemble,

Alors l’âme déploie, confiante, sa lumière,
La chambre devient vaste ou étroite, selon votre désir,
Les murs sont affectueux et au-dessus du lit
Le plafond tend les toiles d’un sommeil paisible.

1939
 
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Vision du bélier et du bouc

Lorsque j'eus cette vision, il me sembla que j'étais à Suse, la capitale, dans la province d'Élam; et pendant ma vision, je me trouvais près du fleuve d'Ulaï. Je levai les yeux, je regardai, et voici, un bélier se tenait devant le fleuve, et il avait des cornes; ces cornes étaient hautes, mais l'une était plus haute que l'autre, et elle s'éleva la dernière. Je vis le bélier qui frappait de ses cornes à l'occident, au septentrion et au midi; aucun animal ne pouvait lui résister, et il n'y avait personne pour délivrer ses victimes; il faisait ce qu'il voulait, et il devint puissant. Comme je regardais attentivement, voici, un bouc venait de l'occident, et parcourait toute la terre à sa surface, sans la toucher; ce bouc avait une grande corne entre les yeux. Il arriva jusqu'au bélier qui avait des cornes, et que j'avais vu se tenant devant le fleuve, et il courut sur lui dans toute sa fureur. Je le vis qui s'approchait du bélier et s'irritait contre lui; il frappa le bélier et lui brisa les deux cornes, sans que le bélier eût la force de lui résister; il le jeta par terre et le foula, et il n'y eut personne pour délivrer le bélier. Le bouc devint très puissant; mais lorsqu'il fut puissant, sa grande corne se brisa. Quatre grandes cornes s'élevèrent pour la remplacer, aux quatre vents des cieux. De l'une d'elles sortit une petite corne, qui s'agrandit beaucoup vers le midi, vers l'orient, et vers le plus beau des pays. Elle s'éleva jusqu'à l'armée des cieux, elle fit tomber à terre une partie de cette armée et des étoiles, et elle les foula. Elle s'éleva jusqu'au chef de l'armée, lui enleva le sacrifice perpétuel, et renversa le lieu de son sanctuaire. L'armée fut livrée avec le sacrifice perpétuel, à cause du péché; la corne jeta la vérité par terre, et réussit dans ses entreprises. J'entendis parler un saint; et un autre saint dit à celui qui parlait: Pendant combien de temps s'accomplira la vision sur le sacrifice perpétuel et sur le péché dévastateur? Jusques à quand le sanctuaire et l'armée seront-ils foulés? Et il me dit: Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié. Tandis que moi, Daniel, j'avais cette vision et que je cherchais à la comprendre, voici, quelqu'un qui avait l'apparence d'un homme se tenait devant moi. Et j'entendis la voix d'un homme au milieu de l'Ulaï; il cria et dit: Gabriel, explique-lui la vision. Il vint alors près du lieu où j'étais; et à son approche, je fus effrayé, et je tombai sur ma face. Il me dit: Sois attentif, fils de l'homme, car la vision concerne un temps qui sera la fin. Comme il me parlait, je restai frappé d'étourdissement, la face contre terre. Il me toucha, et me fit tenir debout à la place où je me trouvais. Puis il me dit: Je vais t'apprendre, ce qui arrivera au terme de la colère, car il y a un temps marqué pour la fin. Le bélier que tu as vu, et qui avait des cornes, ce sont les rois des Mèdes et des Perses. Le bouc, c'est le roi de Javan, La grande corne entre ses yeux, c'est le premier roi. Les quatre cornes qui se sont élevées pour remplacer cette corne brisée, ce sont quatre royaumes qui s'élèveront de cette nation, mais qui n'auront pas autant de force. À la fin de leur domination, lorsque les pécheurs seront consumés, il s'élèvera un roi impudent et artificieux. Sa puissance s'accroîtra, mais non par sa propre force; il fera d'incroyables ravages, il réussira dans ses entreprises, il détruira les puissants et le peuple des saints. À cause de sa prospérité et du succès de ses ruses, il aura de l'arrogance dans le cœur, il fera périr beaucoup d'hommes qui vivaient paisiblement, et il s'élèvera contre le chef des chefs; mais il sera brisé, sans l'effort d'aucune main. Et la vision des soirs et des matins, dont il s'agit, est véritable. Pour toi, tiens secrète cette vision, car elle se rapporte à des temps éloignés.

Daniel 8
 
   
    
                         
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