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 Les plus beaux poèmes

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Moïra  /  Bile au trésor


Georges Séféris

 
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Moïra  /  Bile au trésor


 
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Holopherne  /  Autostoppeur galactique


L'Irréductible

Verlaine

Il fut ce matelot laissé à terre et qui fait de la peine à la gendarmerie,
Avec ses deux sous de tabac, son casier judiciaire belge et sa feuille de route jusqu'à Paris.
Marin dorénavant sans la mer, vagabond d'une route sans kilomètres,
Domicile inconnu, profession, pas... « Verlaine, Paul, Homme de Lettres »
Le malheureux fait des vers en effet pour lesquels Anatole France n'est pas tendre ;
Quand on écrit en français, c'est pour se faire comprendre.
L'homme tout de même est si drôle avec sa jambe raide qu'il l'a mis dans un roman.
On lui paie parfois une blanche, il est célèbre chez les étudiants.
Mais ce qu'il écrit, c'est des choses qu'on ne peut lire sans indignation.
Car elles ont treize pieds quelquefois et aucune signification.
Le prix Archon-Despérousses n'est pas pour lui, ni le regard de
M. de Monthyon qui est au ciel.
Il est l'amateur dérisoire au milieu des professionnels.
Chacun lui donne de bons conseils ; s'il meurt de faim, c'est sa faute.
On ne se la laisse pas faire par ce mystificateur à la côte.
L'argent, on n'en a pas de trop pour Messieurs les Professeurs.
Qui plus tard feront des cours sur lui et qui seront tous décoré de la Légion d'Honneur.

Nous ne connaissons pas cet homme et nous ne savons qui il est.

Le vieux Socrate chauve grommelle dans sa barbe emmêlée ;
Car une absinthe coûte cinquante centimes et il en faut au moins quatre pour être saoûl :
Mais il aime mieux être ivre que semblable à aucun de nous.
Car son coeur est comme empoisonné, depuis que le pervertit
Cette voix de femme ou d'enfant - ou d'un ange qui lui parlait dans le paradis!
Que Catulle Mendès garde sa gloire, et Sully Prud'homme ce grand poète !
Il refuse de recevoir sa patente en cuivre avec une belle casquette.
Que d'autres gardent le plaisir avec la vertu, les femmes, l'honneur et les cigares.
Il couche tout nu dans un garni avec une indifférence tartare.
Il connaît les marchands de vins par leur petit nom, il est à l'hôpital comme chez lui :
Mais il vaut mieux être mort que d'être comme les gens d'ici.

Donc célébrons tous d'une seule voix Verlaine, maintenant qu'on nous dit qu'il est mort.
C'était la seule chose qui lui manquait, et ce qu'il y a de plus fort,
C'est que nous comprenons tous ses vers maintenant que nos demoiselles nous les chantent, avec la musique
Que de grands compositeurs y ont mise et toute sorte d'accompagnements séraphiques !
Le vieil homme à la côte est parti ; il a rejoint le bateau qui l'a débarqué
Et qui l'attendait en ce port noir, mais nous n'avons rien remarqué;
Rien que la détonation de la grande voile qui se gonfle et le bruit d'une puissante étrave dans l'écume.
Rien qu'une voix, comme une voix de femme ou d'enfant, ou d'un ange qui appelait : Verlaine ! dans la brume.

Paul Claudel
 
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Holopherne  /  Autostoppeur galactique


Extrait des Amours de Psyche et de Cupidon, La Fontaine

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique.



Rondeau, Charles d'Orléans


L'un ou l'autre desconfira
De mon coeur et Merencolye;
Auquel que Fortune s'alye,
L'autre "Je me rens" lui dira.

D'estre juge me suffira
Pour mettre fin en leur folye.
L'un ou l'autre desconfira
De mon coeur et Merencolye.

Dieu scet comment mon coeur rira,
Se gangne, menant chiere lye,
Contre ceste saison jolye.
On verra commment en yra:
L'un ou l'autre desconfira
De mon coeur et Merencolye.


Traduction:

L'un ou l'autre vaincra
De mon coeur et de Melancolie.
Quelque soit celui auquel Fortune s'allie
L'autre "Je me rends" lui dira.

Il me suffira d'être juge
Pour mettre fin à leur folie.
L'un ou l'autre vaincra
De mon coeur et de mélancolie.

Dieu sait comment mon coeur rira,
S'il gagne, menant chère lie
En cette saison jolie.
On verra ce qu'il en sera:
L'un ou l'autre vaincra
De mon coeur et de mélancolie.
 
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Holopherne  /  Autostoppeur galactique


Sonnet, Mallarmé,

Toute l'âme résumée
Quand lente nous l'expirons
Dans plusieurs ronds de fumée
Abolis en autres ronds
 
Atteste quelque cigare
Brûlant savamment pour peu
Que la cendre se sépare
De son clair baiser de feu
 
Ainsi le choeur des romances
À la lèvre vole-t-il
Exclus-en si tu commences

Le réel parce que vil
Les sens trop précis rature
Ta vague littérature.
 
   
    
                         
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