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 Les plus beaux poèmes

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    Féminin
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Chien-dent  /  Pippin le Bref




T. Carmi
 
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   Pensée du jour  :  Where can I find the city of shining lights in an ordinary world ?
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Hadès  /  Pippin le Bref


Oradour

Oradour n’a plus de femmes

Oradour n’a plus un homme

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus de pierres

Oradour n’a plus d’église

Oradour n’a plus d’enfants

Plus de fumée plus de rires

Plus de toits plus de greniers

Plus de meules plus d’amour

Plus de vin plus de chansons.

Oradour, j’ai peur d’entendre

Oradour, je n’ose pas

approcher de tes blessures

de ton sang de tes ruines,

je ne peux je ne peux pas

voir ni entendre ton nom.

Oradour je crie et hurle

chaque fois qu’un coeur éclate

sous les coups des assassins

une tête épouvantée

deux yeux larges deux yeux rouges

deux yeux graves deux yeux grands

comme la nuit la folie

deux yeux de petits enfants :

ils ne me quitteront pas.

Oradour je n’ose plus

Lire ou prononcer ton nom.

Oradour honte des hommes

Oradour honte éternelle

Nos coeurs ne s’apaiseront

que par la pire vengeance

Haine et honte pour toujours.

Oradour n’a plus de forme

Oradour femmes ni hommes

Oradour n’a plus d’enfants

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus d’église

plus de fumées plus de filles

plus de soirs ni de matins

plus de pleurs ni de chansons.

Oradour n’est plus qu’un cri

et c’est bien la pire offense

au village qui vivait

et c’est bien la pire honte

que de n’être plus qu’un cri,

nom de la haine des hommes

nom de la honte des hommes

le nom de notre vengeance

qu’à travers toutes nos terres

on écoute en frissonnant,

une bouche sans personne,

qui hurle pour tous les temps.

Jean Tardieu, Les Dieux étouffés (1944)
 
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Moira  /  Autostoppeur galactique


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   Pensée du jour  :  “Dure, afin de pouvoir encore mieux aimer un jour ce que tes mains d'autrefois n'avaient fait qu'effleurer sous l'olivier trop jeune.”
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Roman russe  /  Tentatrice chauve


AQUATINTE

Tu forces l'enclos d'une paix tapie sur elle-même
et derrière la porte il n'est personne :
quelques plantes asphyxiées dans leurs pots,
un robinet qui goutte des eaux mortes,
et personne pour interrompre la mélodie
éternisée dans l'air inerte.

Les autres s'en sont allés mais toi tu pénètres
dans l'été, pétri de sang et de mémoire.
Tout reste à découvrir et rien n'est pareil.
La paix enclose sur elle-même. La sècheresse dans le pot.
L'eau morte. L'éternité dans l'air.
Et ce sourire aux lèvres
sur ce qu'ils furent, sur l'or
de crocs qui dorment
guettant leur proie.

Rien n'a changé. Ni toi ni eux.

Jorge Nájar,
in Toile écrite.

Pour ceux qui lisent l'espagnol :
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Invité  /  Invité


I love you

j'aimerais beaucoup l'illustrer.
 
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   Pensée du jour  :  “Dure, afin de pouvoir encore mieux aimer un jour ce que tes mains d'autrefois n'avaient fait qu'effleurer sous l'olivier trop jeune.”
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Roman russe  /  Tentatrice chauve


Ce serait un bel honneur pour ce poème que d'être illustré par toi !

Une autre découverte :

RUTH, QUI FUT ALOUETTE

En ce lieu qui rappelle
la terre de personne, Ruth, qui fut alouette,
ouvrait ponctuellement
cette fenêtre donnant sur la mer et lâchait dans l'espace
une colombe blanche.

Elle gardait la tristesse sous clef.

Au fil de sa tentation pour la sérénité elle contemplait mes années
comme qui regarde un abîme.

Silencieuse elle admirait et sans doute elle admire
mon sentimentalisme absurde pour les causes perdues
et pour le sort de la dernière des nations.

Elle adorait ma poésie et je l'adorais moi et dans son cœur je suis entré
comme un enfant mineur
entre chez lui.

Roberto Sosa,
in Les Larmes des choses, précédé de Masque bas

En espagnol :
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   Pensée du jour  :  "Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire Seront à tout jamais tes esclaves soumis, Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire Tu seras un homme, mon fils" Rudyard Kipling
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Trôme  /  Coquinou


Vous me dites, Monsieur, que j'ai mauvaise mine,
Qu'avec cette vie que je mène, je me ruine,
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer,
Vous me dites enfin que je suis fatigué.
Oui je suis fatigué, Monsieur, mais je m'en flatte.
J'ai tout de fatigué, la voix, le cœur, la rate,
Je m'endors épuisé, je me réveille las,
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m'en soucie pas.
Ou quand je m'en soucie, je me ridiculise.
La fatigue souvent n'est qu'une vantardise.
On n'est jamais aussi fatigué qu'on le croit !
Et quand cela serait, n'en a-t-on pas le droit ?
Je ne vous parle pas des tristes lassitudes,
Qu'on a lorsque le corps harassé d'habitude,
N'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons…
Lorsqu'on a fait de soi son unique horizon…
Lorsque l’on n’a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre…
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ;
Elle fait le front lourd, l'œil morne, le dos rond.
Et vous donne l'aspect d'un vivant moribond.
Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on s'est fait responsable,
Savoir qu'on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain,
Savoir qu'on est le chef, savoir qu'on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s'en user le cœur…
Cette fatigue-là, Monsieur, c'est du bonheur.
Et sûr qu'à chaque pas, à chaque assaut qu'on livre,
On va aider un être à vivre ou à survivre ;
Et sûr qu'on est le port et la route et le quai,
Où prendrait-on le droit d'être trop fatigué ?
Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquent chaque victoire, en creux, sur la figure,
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d'autres creux il passe inaperçu.
La fatigue, Monsieur, c'est un prix toujours juste,
C'est le prix d'une journée d'efforts et de luttes.
C'est le prix d'un labeur, d'un mur ou d'un exploit,
Non pas le prix qu'on paie, mais celui qu'on reçoit.
C'est le prix d'un travail, d'une journée remplie,
C'est la preuve aussi qu'on marche avec la vie.
Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J'écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ;
Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance,
Et ma fatigue alors est une récompense.
Et vous me conseillez d'aller me reposer !
Mais si j'acceptais là, ce que vous me proposez,
Si je m'abandonnais à votre douce intrigue…
Mais je mourrais, Monsieur, tristement, de fatigue.

Robert Lamoureux, L'éloge de la fatigue.
 
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   Pensée du jour  :  "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter"
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KattEvans  /  Barge de Radetzky


Le poème Oradour fait mal...

L’Éternité

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L’Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Âme sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L’Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Arthur Rimbaud

Tout court, et tellement joli I love you Il paraît que Rimbaud l'a écrit pour convaincre Verlaine de quitter Mathilde, son épouse, et de revenir auprès de lui. Ce qui a été un succès... et un véritable enfer pour eux deux :') L'amour en poème ah lalala !
http://alkattraz-jaderiver.weebly.com
 
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   Pensée du jour  :  Where can I find the city of shining lights in an ordinary world ?
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Hadès  /  Pippin le Bref


Quatrain



D’ailleurs en ce temps léthargique,
Sans gaîté comme sans remords,
Le seul rire encore logique,
C’est celui des têtes de morts.

Paul Verlaine
 
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   Pensée du jour  :  "Et à l'intérieur j'ai tellement mal que je ne peux pas croire qu'il y aura un temps soulagé, un jour"'
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Mâra  /  Mérou


Je n'ai trouvé ça sur psychonaut, mais l'auteur/trice est inconnu Embarassed


Les liquides de mon corps sont des élixirs,
Des poisons, des potions, secrètes que je sécrète.
Ils circulent et transpirent.
Par mes pores s'évaporent.
S'évacuent dans l'effort, la fiente et les pleurs.

Les liquides de mon corps font de moi une machine,
Une usine qui se meurt
Régule mes désirs.
Dans le sperme et la sueur dont s'abreuvent les anges
En poussant des soupirs, ils repoussent la peur

Les liquides de mon corps frappent sous ma peau
Martèlent mes tempes, marquent le tempo,
Véhiculent des substances qui changent les couleurs,
Évitent que je pense, annihilent la douleur.

Les liquides de mon corps m'envoient des messages,
Dessinent des images dans le blanc de l'émail
Se mélangent à l'eau tiède.
Le fluide de mes veines m'entraine dans le vide,
Un désert aride.
Je me noie.

Je me vide.
Laisse couler.
 
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Pangolin  /  Très premier degré


Roman russe a écrit:
AQUATINTE

Tu forces l'enclos d'une paix tapie sur elle-même
et derrière la porte il n'est personne :
quelques plantes asphyxiées dans leurs pots,
un robinet qui goutte des eaux mortes,
et personne pour interrompre la mélodie
éternisée dans l'air inerte.

Les autres s'en sont allés mais toi tu pénètres
dans l'été, pétri de sang et de mémoire.
Tout reste à découvrir et rien n'est pareil.
La paix enclose sur elle-même. La sècheresse dans le pot.
L'eau morte. L'éternité dans l'air.
Et ce sourire aux lèvres
sur ce qu'ils furent, sur l'or
de crocs qui dorment
guettant leur proie.

Rien n'a changé. Ni toi ni eux.

Jorge Nájar,
in Toile écrite.

Pour ceux qui lisent l'espagnol :
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"no hay nadie"---> "il n'y a personne" ?
Marrant le côté granuleux du poème en espagnol, aride, même.
 
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Pasiphae  /  Truquage geniphasien


il n'est personne est une forme vieillie / précieuse pour dire il n'y a personne il me semble


Miettes - Elèves - Nouvelles -Poésie mietteuse
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Pangolin  /  Très premier degré


C'est vrai ! Enfin si c'est ça le français ajoute une nuance qui me semble absente en espagnol.
 
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   Pensée du jour  :  "Les mots sont à mon avis, qui n’est pas si humble, notre plus inépuisable source de magie. Ils peuvent à la fois infliger des blessures et y porter remède.", J.K. Rowling
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Mr. Health-Poome  /  Barge de Radetzky


Alors j'espère que vous n'allez pas m'en vouloir ou me taper sur les doigts mais à défaut d'être de superbes poèmes comme vous l'entendez, j'aime beaucoup les textes de Jehan Rictus et ses Soliloques du Pauvre (1934). J'ai découvert ses poèmes très récemment grâce à Vîrus, un rappeur Français qui a interprété quelques-uns de ses poèmes que je trouve originaux et poignants, même si le langage utilisé joue pas mal, dont :

III — La Maison des Pauvres

N’empêch’ si jamais j’ venais riche,
Moi aussi j’ f’rais bâtir eun’ niche
Pour les vaincus... les écrasés,
Les sans-espoir... les sans-baisers,

Pour ceuss’ là qui z’en ont soupé,
Pour les Écœurés, les Trahis,
Pour les Pâles, les Désolés,
À qui qu’on a toujours menti
Et que les roublards ont roulés ;

Eun’ mason.. un cottage,. eun’ planque,
Ousqu’on trouv’rait miséricorde,
Pus prop’s que ces turn’s à la manque
Ousque l’on roupille à la corde ;

Pus chouatt’s que ces Asil’s de nuit
Qui bouclent dans l’après-midi,
Où les ronds-d’-cuir pleins de mépris
(Les préposés à la tristesse)
Manqu’nt d’amour et de politesse ;

Eun’ Mason, Seigneur, un Foyer
Où y aurait pus à travailler,
Où y aurait pus d’ terme à payer,
Pus d’ proprio, d’ pip’let, d’huissier.

Y suffirait d’êt’ su’ la Terre
Crevé, loufoque et solitaire,
D’ sentir venir son dergnier soir
Pour pousser la porte et... s’asseoir.

Quand qu’on aurait tourné l’ bouton
Personn’ vourait savoir vot’ nom
Et vous dirait — « Quoi c’est qu’ vous faites ?
Si you plaît ? Qui c’est que vous êtes ? »

Non, pas d’ méfiance ou d’ paperasses,
Toujours à pister votre trace,
Avec leur manie d’étiqu’ter ;
Ça n’est pas d’ la fraternité !

Mais on dirait ben au contraire :
— « Entrez, entrez donc, mon ami,
Mettez-vous à l’ais’, notre frère,
Apportez vos poux par ici. »

Pein’ dedans gn’aurait des baignoires,
Des liquett’s propes... des peignoirs,
D’ l’eau chaud’ dedans des robinets
Qu’on s’ laiss’rait rigoler su’ l’ masque,
Des savons à l’opoponasque,
Des bross’s à dents et des bidets.

Pis vite.. on s’en irait croûter
Croûter d’ la soup’ chaude en Hiver
Qui fait « plouf » quand ça tomb’ dans l’ bide,
Des frich’tis fumants, des lentilles,
Des ragoûts comm’ dans les familles,
Des choux n’avec des pomm’s de terre,
Des tambouill’s à s’en fair’ péter.

Et quand qu’ ça s’rait la bell’ saison
On boulott’rait dans le jardin
(Gn’en aurait un dans ma Mason
Un grand... un immense... un rupin)

Ousqu’y aurait des balançoires,
Des hamacs... des fauteuils d’osier
(Pou’ pouvoir fair’ son Espagnole)
Et ça s’rait d’ la choquott’ le soir
Quand mont’rait l’ chant du rossignol
Et viendrait l’odeur des rosiers.

Mais l’Hiver il y f’rait l’ pus bon :
Ça s’rait chauffé par tout’s les pièces ;
Et les chiott’s où poser ses fesses
J’ f’rais mett’ du poil de lapin d’ssus
Pou’ pas qu’ ça vous fass’ foid au cul.

Et pis dans les chambr’s à coucher
Y gn’aurait des pieux à dentelles,
D’ la soye... d’ la vouat’... des oneillers,
Des draps blancs comm’ pour des mariés,
Des lits-cage et mêm’ des berceaux
Dans quoi qu’on pourrait s’ fair’ petiots ;

Voui des plumards, voui des berceaux
Près d’ quoi j’ mettrais esspressément
Des jeun’s personn’s, prop’s et girondes,
Des rouquin’s, des brun’s et des blondes
À qui qu’on pourrait dir’ — « Moman ! »

Ça s’rait des Sœurs modèl’ nouveau
Qui s’raient sargées d’ vous endormir
Et d’ vous consoler gentiment
À la façon des petit’s-mères,
À qui en beuglant comme un veau
(La cabèch’ su’ le polochon),
On pourrait conter ses misères :

— « Moman, j’ai fait ci et pis ça ! »
Et a diraient : — « Ben mon cochon ! »
— « Moman, j’ai eu ça et pis ci. »
Et a diraient : — « Ben mon salaud ! »

« Mais à présent faut pus causer,
Faut oublier... faut pus penser ,
Tâchez moyen d’ vous endormir
Et surtout d’ pas vous découvrir. »

Ma Mason, v’là tout, ma Mason,
Ça s’rait un dortoir pour broyés
Ousqu’on viendrait se fair’ choyer
Un peu avant sa crevaison

Loin des Magistrats de mes ...
Qu’ont l’ cœur de vous foute en prison
Quand qu’on a pus l’ rond et pus d’ turne.

Mais pour compléter l’illusion
Qu’on est redevenu mignon
Tout’s mes Momans à moi, à nous,
Faurait qu’a z’ayent de beaux tétons,
Lourds, fermes, blancs, durs, rebondis
Comm’ les gros tétons des nounous
Ou des fermièr’s de Normandie ;

Et faurait qu’ ces appâts soyent nus.
Mêm’ les gas les pus inconnus,
Auraient l’ droit d’y boir’, d’y téter
Au moment ousqu’y tourn’raient d’ l’œil.

S’ils faisaient la frim’ d’êt’ pas sages
Dans leur plumard ou leur fauteuil
On s’empress’rait d’ leur apporter
Les tétons sortis du corsage,
Pleins d’amour et de majesté.

Je vois d’ici mes Nounous tendres
Introduir’ dans les pauvres gueules
De tous les Errants de Paris
Le bout de leurs tétons fleuris.

Et j’ vois d’ici mes pauv’s frangins
Aux dents allongées par la Faim
Boir’ les yeux clos et mains crispées
Par la mort et par le plaisir.

Et pour jamais et pour jamais
(Le museau un peu pus content)
J’ les vois un à un s’endormir

Le bout d’un téton dans les dents...


Et un de ses textes interprétés par Vîrus que j'adore. Plus facilement à comprendre à mon sens lorsque c'est chanté/rappé.

http://www.rodolphe-lamothe.fr/
 
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Hadès  /  Pippin le Bref


Le mort joyeux

Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde,

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

Ô vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s'il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !


Charles Baudelaire
 

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