PortailAccueilFAQRechercherS'enregistrerGroupesConnexion

Partagez|
Aller à la page : 1, 2  Suivant
 

 Les plus beaux extraits

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  1148
   Âge  :  22
   Date d'inscription  :  13/10/2016
    
                         
Moïra  /  Effleure du mal


cf titre


Hop je commence avec cet extrait :

Nuits d'insomnie, in L'Art de l'oisiveté, Hermann Hesse a écrit:
Il est très tard. Tu es allongé dans ton lit et tu ne peux pas dormir. La rue est calme. De temps à autre, le vent agite les arbres dans les jardins. Un chien aboie quelque part. Une voiture passe dans une rue éloignée. Tu entends parfaitement son bruit cadencé et tu devines qu’il s’agit d’une voiture à suspension. Tu la suis en pensée. Elle tourne à un coin de rue, accélère tout à coup, mais bientôt l’écho de sa marche rapide s’évanouit doucement dans l’immensité du silence. Puis c’est le tour d’un passant noctambule. Il semble pressé, son pas résonne de façon étrange dans la rue vide. Il s’arrête, ouvre une porte, la pousse derrière lui. Le calme immense s’installe de nouveau. Il est perturbé à plusieurs reprises par d’autres petits échos de la vie extérieure qui se font cependant de plus en plus rares, de plus en plus discrets. Puis viennent les heures de grande lassitude, où la moindre brise, la moindre poussière qui glisse derrière la tapisserie deviennent puissamment sonores, prennent une importance considérable et irritent les sens. Tu ne dors pas. La fatigue a seulement déposé un voile léger sur tes yeux et tes pensées. Tu entends le sang battre inlassablement dans tes tympans; tu perçois l’activité ténue, fébrile qui agite ta tête douloureuse; tu sens dans tes veines à vif le rythme régulier mais troublant de ton pouls.

Cela ne te sert à rien de te retourner d’un côté puis de l’autre, de te lever et de te recoucher. Tu traverses un de ces moments où tu ne peux plus échapper à toi-même. Tu es dominé par tes pensées, par les mouvements de ton âme et de ta mémoire, et personne n’est là pour parler avec toi, pour te permettre de les réduire au silence comme les autres fois. Celui qui vit loin de son pays revoit en pensée la maison et le jardin natals où il passait son enfance, les forêts où il vécut les journées les plus libres et les plus inoubliables de sa jeunesse, les chambres et les escaliers où résonnèrent les bruits de ses jeux. Il revoit l’image de ses parents, étrangers, sévères et vieillis, avec cette expression d’amour, d’inquiétude et de léger reproche dans le regard. Il tend la main et en cherche vainement une autre qui s’offre à lui. Alors, un sentiment de grande tristesse et de solitude le submerge. Là-dessus ressurgissent d’autres figures, qui, dans l’atmosphère troublée et grave de ces instants, nous rendent presque tous mélancoliques. Qui n’a pas dans sa jeunesse fait endurer de pénibles journées à son prochain, rejeté l’amour qu’on voulait lui donner et méprisé la bienveillance d’autrui; qui n’a pas négligé de saisir le bonheur qui se présentait par défi et par orgueil; qui n’a pas un jour blessé quelqu’un dans son honneur, qui ne s’est pas déshonoré, qui n’a pas manqué à un ami par une parole insensée, une promesse non tenue, un geste vil et cruel ? A présent, ces personnes se tiennent devant toi, silencieuses. Leurs yeux sereins te regardent d’une étrange façon et tu as honte face à eux, face à toi-même.

[...]

Je voudrais ajouter encore quelques mots à propos de l'insomnie en tant que maladie. Certes, mes remarques sont probablement superflues, car les insomniaques savent déjà tous parfaitement ce que je vais dire. Pourtant, ceux-ci seront peut-être heureux de me voir exprimer une chose qui leur est familière mais dont on ne parle pas. Je pense ici à la discipline intérieure que l'incapacité à dormir peut nous faire acquérir. Toute maladie, toute attente forcée possède un aspect formateur qu'il ne faut point mésestimer. Mais c'est l'expérience de toutes les formes de souffrances psychologiques qui se révèle plus particulièrement marquante. On dit d'une personne qui fait preuve dans ses gestes et dans ses paroles d'un degré inhabituel de raffinement discret et de considération délicate « qu'elle a dû beaucoup souffrir ». Aucune école n'apprend mieux à maîtriser son propre corps et ses propres pensées que celle à laquelle sont formés les insomniaques. On n'est capable de traiter les choses avec douceur, de les ménager, que lorsque soi-même on a besoin d'être traité ainsi. Seul celui qui s'est maintes fois senti livré au flot déchaîné de ses pensées dans le silence implacable de ces heures solitaires peut observer ce qui l'entoure avec bienveillance, examiner les choses avec amour, prendre en compte les motivations psychologiques des autres et être assez bon pour comprendre toutes les faiblesses humaines. Dans la vie, on reconnaît ainsi aisément ceux qui ont passé nombre de nuits les yeux ouverts, immobiles dans leur lit.
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  461
   Âge  :  41
   Pensée du jour  :  Ton prénom est une bouche sans yeux ils bavent tu as ce qui empire petits clous de finition barrage retenu par l’épaule les anneaux s’affinent au fond du lac il manque ton corps"
   Date d'inscription  :  27/05/2017
    
                         
Hel  /  Pour qui sonne Lestat


Moïra ♥ (c'est une idée trop chouette et pardon d'avance tous mes livres préférés vont sûrement y passer à mesure)
Mon voisin. Milena Agus a écrit:

Le lendemain, elle acheta de nouvelles pinces à linge et jeta les anciennes toutes rouillées, dont elle se servait pour étendre ses dessous après s'être fait des entailles sur la peau, dans l'espoir d'attraper le tétanos.
Elle avait l'intention de consacrer son énergie à une bien meilleure idée de suicide, quelque chose que tout le monde prendrait pour un accident. La barre qui tenait le rideau de la douche était tombée.
Elle monterait sur le bord de la baignoire avec les outils et la nouvelle barre, elle ouvrirait le robinet et remplirait la baignoire d'eau en y laissant tremper le rideau. Puis avec les outils et toujours en laissant le robinet ouvert, elle déraperait dans la baignoire et se noierait.
Personne dans sa famille ne pourrait l'accuser d'avoir voulu échapper aux difficultés de la vie en laissant un orphelin, et le petit, une de ses sœurs avec une famille normale le prendrait.
Mais pour le moment, puisque le voisin et son fils surgissaient de l'épaisseur du feuillage, et qu'au moindre bruissement elle courait au balcon, et que son petit muet aussi s'exprimait avec forces gestes et sourires quand il les voyait, le suicide pouvait être reporté, et peut-être même, par la suite, tranquillement perfectionné.
En attendant, elle avait mis des pots sur son balcon et tenté d'y jeter des graines de volubilis, qui était sa fleur préférée à cause des clochettes bleues, et elle voulait voir si quelque chose allait germer. La nuit, elle traînait là à regarder la lune qui resplendissait sur les arbres du jardin, et à écouter la mer qui, même de loin, faisait entendre sa présence. Elle ne se décidait pas à aller se coucher, et ne voulait plus comme avant que les journées se finissent le plus vite possible.

Un jour, le fils du voisin, elle le retrouva dans sa cuisine pendant qu'elle préparait la bouillie du petit. Il avait escaladé le mur, et il était entré. Alors, pour être gentille et lui offrir quelque chose, elle lui fit un œuf à la coque.
"Pense à la magie de tenir un œuf entre tes mains, et de lui enlever son chapeau", disait-elle en le regardant, les bras croisés sur la table, le menton appuyé sur sa main.
" Pourquoi tu ne m'as pas fait un œuf frit ?
— Il n'y aucune magie dans un œuf frit.
— Seulement dans un œuf à la coque ? "

Le voisin laissait son fils escalader le mur tous les matins, et elle, elle laissait la fenêtre ouverte. Il apparaissait dans la maison à l'improviste et se pelotonnait dans un coin comme un petit animal sauvage. Souvent, c'était le tout-petit qui le voyait le premier et l'accueillait avec de grands gestes joyeux et de larges sourires.

À présent, la mère et le fils étaient attirés par le mur, et leurs regards se concentraient toujours là, dans l'attente que l'étrange voisin jaillisse tout à coup au beau milieu du feuillage.
Le soir, tard, le père appelait l'enfant du jardin et la remerciait de son hospitalité en faisant des petits bonjours au bébé, qui levait les bras et les tendait ver lui.
"On ira à la mer demain ? lui demandait le petit garçon.
— Ne commence pas à être pot de colle, le sermonnait son père. Celui-là, si on le laisse faire, il devient tout de suite pot de colle.
— Je les emmènerais bien à la mer, les enfants, dans un joli coin, du côté de Villasimius, ou du côté de Chia, mais je ne conduis pas."

Et puis un jour elle pensa qu'ils pouvaient y aller en car. Elle n'y avait jamais pensé, avant, qu'on pouvait aussi y aller en car.
 
avatar
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  2157
   Âge  :  17
   Date d'inscription  :  17/05/2010
    
                         
art.hrite  /  Chantre brahmane ज्ञानयोग


"Marie-toi, tu le regretteras ; ne te marie pas, tu le regretteras également ; marie-toi ou ne te marie pas, tu regretteras l'un et l'autre ; que tu te maries ou que tu n'en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Ris des folies du monde, tu le regretteras ; pleure sur elles, tu le regretteras également ; ris des folies du monde ou pleure sur elles, tu regretteras l'un et l'autre ; que tu ries des folies du monde ou que tu pleures sur elles, tu le regretteras dans les deux cas. Crois une jeune fille, tu le regretteras ; ne la crois pas, tu le regretteras également ; crois une jeune fille ou ne la crois pas, tu regretteras l'un et l'autre ; que tu croies une jeune fille ou que tu n'en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Pends-toi, tu le regretteras ; ne le fais pas, tu le regretteras également ; pends-toi ou non, tu regretteras l'un et l'autre ; que tu te pendes ou que tu n'en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas."

petit mot de kierkegaard qui booste le moral  silent
 
avatar
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  2157
   Âge  :  17
   Date d'inscription  :  17/05/2010
    
                         
art.hrite  /  Chantre brahmane ज्ञानयोग


Sur l'art, le ravissement esthétique et la révolution mentale.
Pensée pour Lo, Moïra, plouf, et ceux que ça intéresse.

Citation :
On produit devant la guenon Gua et l'enfant Donard un son musical clair et vif, en frappant avec une cuiller un verre à boire vide. L'enfant, qui a 10 mois et demi, devient tout à coup parfaitement tranquille (...) et tourne son regard vers la source du son ; puis il regarde successivement avec attention la figure des deux assistants et de nouveau le verre. Un stimulus de ce genre peut fixer son attention quinze à vingt secondes. Le chimpanzé (plus jeune de deux mois) ne regarde le verre qu'un court moment et s'en détourne immédiatement. Deux mois après, on refait la même expérience : au bruit du verre, Gua se lève, marche vers le verre et cherche à y boire ; Donald réagit exactement comme auparavant, si ce n'est que cette fois il sourit d'une manière intéressée en promenant son regard du verre aux assistants. Il est bien évident que, pour Gua, le son produit n'est qu'un avis, du reste médiocrement intéressant, que lui donne le verre à boire de sa présence comme récipient de boisson ; le son n'a pas pour elle de valeur musicale : il n'a qu'une valeur représentative, aussi imprécise, d'ailleurs, que besogneuse : pour Donald, le son tire son intérêt de lui-même indépendamment de tout appel à ses besoins. Il réagit ainsi, remarquons-le à 10 mois, bien avant que les facultés proprement humaines ne se manifestent en lui sous aucune autre forme. Dès cet âge s'éveille en lui un vif intérêt, – ne disons pas pour ce qui, dans la sensation, est adaptativement inintéressant (car il est évident que l'enfant saurait tout comme le singe, s'abstraire d'une sensation qui lui paraîtrait simplement futile ; nous avons marqué la différence entre les distractions qui fixent son attention et celles qui la dispersent ; il ne suffit pas qu'un son n'ait pas de sens pratique pour l'intéresser ; et le ravissement n'a pas cette signification simpliste) – mais pour ce qui, dans la sensation, l'élève au-dessus des stimulations besogneuses, les frappe de caducité et d'inanité en les jouant, et, dans le son, par exemple, substitue la divine ironie de l'harmonie à la discordance des bruits et fait danser en lui tous les sentiments qu'il excite.

Mais cette disposition dont l'hérédité rend l'enfant bénéficiaire, on se sent obligé d'en chercher les sources premières dans un tour d'esprit qu'on ne peut songer à lui attribuer dès sa naissance. Ce trait de nature qui oppose si directement ici l'enfant au singe, c'est (...) une sorte d'aspiration à déposer les charges qu'impose à la vie le souci d'adaptation, d'où naîtra la sensation d'allègement liée aux sensations de jeu ; et il nous a semblé que cette aspiration même ne peut guère avoir son origine que dans le pressentiment des dangers que nos procédés ordinaires d'adaptation nous font courir et, par conséquent, dans l'éveil de cette fonction de pensée que nous avons vue liée si nettement à de tels pressentiments. L'aspiration esthétique la plus confuse nous renvoie donc à l'activité technique la plus consciente. Aussi (...) cette aptitude à goûter les sensations comme telles et indépendamment de leur valeur de signes n'est nullement hétérogène à celle qui nous en fait connaître le mécanisme et nous en donne la science ; l'art est aussi une meilleure conscience  l'art nous fait simplement jouir de la libération d'une illusion héréditaire que c'est le propre de la science de nous démasquer. Car nous avons montré que le résultat de cette science est déjà de libérer la sensation de sa dépendance à l'égard de l'objet qu'elle qualifie, pour la lier à un médiateur physique qui échappe à toute représentation. Ce n'est pas aux vraies relations des choses que la perception représentative suspendait notre action : elle nous feignait par utilité un monde à la lettre faux, dont la fausseté faisait peser sur notre conduite une menace permanente, et c'est à la connaissance vraie comme à la conduite bonne que le sentiment de la beauté nous ramène.

Le problème de l'art nous reconduit donc au problème de la pensée ; et nous reconnaissons qu'il n'en perd rien de son mystère résiduel. Sous cet aspect, la profondeur de la mutation esthétique s'accuse même plus qu'elle ne s'atténue (...). La discontinuité reste patente entre le mouvement de l'évolution qui, en créant des sensations radicalement objectives, pose les premières conditions de l'art, et l'apparition de l'art même qui a pour matière des sensations sans objet. Le jeu de la représentation nous conduit sans doute au jeu de l'art, parce qu'il nous apprend à jouer ; et cependant il n'y a que contrastes entre le jeu le plus raffiné de la représentation (dans l'ouïe et la vue) et le jeu le plus élémentaire de l'art (dans le chant). L'évolution ne nous ouvre pas la moindre clarté sur la mutation qui cependant la prolonge. Des facteurs d'une toute autre nature interviennent ici pour opérer, au moyen des résultats de la représentation, une révolution mentale que rien ne faisait prévoir dans la nature des forces agissantes qui soutiennent cette évolution même. La représentation nous donne de la nature, qu'elle habille de nos qualités, càd de nos passions, une notion fausse ; l'art, en la déshabillant de ces qualités, qu'il nous propose comme objets de contemplation se suffisant à eux-mêmes, nous en rend une idée vraie ; la représentation nous mettait dans la dépendance des choses qu'elle avait animées de nos propres états ; l'art nous restitue une condition d'autonomie qui nous permet et bientôt nous imposera de nous gouverner nous même ; et ainsi, comme la représentation nous donnait de vicieuses règles d'action, l'art nous assure la première condition d'une conduite droite ; enfin, la représentation ne pouvait que nous envelopper le monde dans la laideur d'une universelle utilité ; l'art le pare d'une harmonie et d'une beauté universelle. Le contraste le peut être plus grand. Une évolution plus continue ne pouvait conduite à une mutation plus radicale. C'est une révolution sans pareille que de se voir comme on est.


Traité de psychologie générale
Maurice Pradines Cool


Dernière édition par art.hrite le Mer 6 Juin 2018 - 14:21, édité 1 fois
 
avatar
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  2157
   Âge  :  17
   Date d'inscription  :  17/05/2010
    
                         
art.hrite  /  Chantre brahmane ज्ञानयोग


cet extrait, je le dédie à Céphalée, 1/4majan et Le Trader Surprised

Inspiration et intuition, toujours M. Pradines a écrit:

Le domaine de l'art est moins le vrai que le vraisemblable, c'est-à-dire un travail sur le vrai pour lui en donner la semblance, pour lui fournir une cause, une explication, une nécessité qu'il se passe ordinairement fort bien d'apporter avec lui? Nous n'avons pas la beauté d'avoir une suite. Deux fatalités imbéciles dominent notre vie : la fatalité des circonstances et la fatalité des passions. La grande oeuvre d'imagination exclut la première : rien, du moins rien d'important, n'y vient des accidents : tout y sort de la seule nécessité intérieure des caractères et des situations. Mais pour obtenir celle-ci, il faut encore éliminer les caprices et les incohérences extérieures de la passion. La passion ne trouve sa logique, justement, que dans les livres. L'être humain le plus simple, s'il est actif et sensible, est un mystère impénétrable aux autres et à lui-même. Et que dirons-nous quand il est passionné? La passion qui se montre est surtout absurde, et il n'y a rien de plus naturellement opposé à l'ordre et à l'harmonie des chefs-d'oeuvre. Mais cette opposition est surmontée et vaincue par l'art, qui semble donner à la passion la pensée même pour miroir. Et il ne nous est pas difficile de reconnaître dans ce miracle l'action du désintéressement inhérent à la fonction d'art imaginative, le prolongement de ce jeu de l'imagination dont c'est le propre, même dans une sensation isolée, de transfigurer et comme de surnaturaliser la nature. L'homme ne pourrait s'élever jusqu'à la poésie, s'il ne pouvait jouer avec sa souffrance en la détachant de lui-même. Mais il ne peut d'autre part, la détacher de lui-même sans la libérer des caractères qu'elle tient des fatalités de l'heure et des soubresauts incohérents de l'humeur. Ainsi lui donne-t-il jusque dans ses désordres la lumineuse évidence de l'impersonnel. C'est la souffrance d'un esprit et non plus celle d'une sensibilité, càd d'un animal blessé. Et c'est ainsi que le détachement qui fournit à l'art ses intuitions élémentaires ne peut s'approfondir lui-même sans être conduit à envelopper toutes les expériences de la vie dans une synthèse absolument nouvelle.

Inspiration et intuition

Nous venons ainsi de mettre au jour un facteur de l'imagination d'art la plus créatrice et la plus combinative qui l'apparente de la manière la plus étroite à l'imagination d'art spontanée et où l'on pourrait sans peine retrouver ce que nous avons appelé, dans cette dernière, l'inspiration et, plus généralement, dans l'activité mentale, l'intuition. Même cette part de l'oeuvre d'art qui se caractérise par l'ordre et la synthèse des parties, la logique de la composition, l'exacte notation des rapports, et qui donne, par conséquent, au plus haut degré, l'impression de la volonté et de la méditation, est cependant toujours dans une large mesure, l'oeuvre de ce même ravissement qui doit en fournir d'abord la forme et les matériaux, parce que le ravissement ne peut, nous le répétons, transfigurer la forme des choses sans en transfigurer l'ordre et y faire apparaître, de ce point de vue aussi, des valeurs absolument nouvelles. C'est alors que l'on parlera communément de méditation et de réflexion inconscientes. (...) Mais si notre analyse précédente est exacte, la découverte de ces relations peut fort bien s'effectuer, en art, dans une intuition simple, non discursive, analogue à celle qui nous élève, à propos d'une sensation, de l'ordre commun des sens à l'ordre esthétique de la sensation, et une masse de rapports se trouver ainsi perçue dans cette intuition même. Tout un caractère se trouvera découvert, en cette sorte, dans l'éclair d'un geste qui en dissipe brusquement les aspects conventionnels : il ne restera plus à l'auteur qu'à écrire sa révélation. Mais c'est ici que peuvent intervenir des processus plus compliqués.  

Des phénomènes mentaux curieux nous ont été plusieurs fois décrits dans ces dernières années par des auteurs qui les avaient observés sur eux-mêmes. Je signalerai comme significative la "confession personnelle" qu'Henti Ghéon nous a faite il y a huit ans de son mode d'inspiration habituel dans le fascicule Illuminations et Sécheresse des Études carmélitaines. Il s'agit des "illuminations" dont sont issues la plupart de ses soixante pièces. On y relèvera entre autres la manière dont il s'est mis à la "composition" de la pièce Saint Maurice et l'obéissance, qu'il ne parvenait pas d'abord à mettre en train :

"Je me trouvai dans mon lit, vers 5heures de l'aube, lucide jusqu'à l'ivresse. Soudain, la tragédie de Saint-Maurice descendit toute composée dans ma tête, avec ses personnages, ses péripéties, chaque acte, chaque scène dans son ordre : il n'y avait plus qu'à trouver ls mots. En fait, elle m'était donnée. Je me levai... j'écrivis comme sous la dictée d'un autre... Un devoir d'écolier, vraiment... Je n'affirme pas qu'il n'est pas de moi, j'ai du mal à m'en reconnaître le père" C'est le type de transe à quoi l'école surréaliste a ramené l'inspiration poétique tout entière et dont elle a cherché à codifier les méthodes.


le prochain sera pour Liam Surprised
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  6499
   Âge  :  31
   Pensée du jour  :  On va pas faire comme les gens, vivre à cause de l'argent
   Date d'inscription  :  03/01/2010
    
                         
Lo.mel  /  Troll hunter un jour, troll hunter toujours


Art Smile

L'expérience est très intéressante.

Je trouve le deuxième et le troisième paragraphe beaucoup plus abscons.
 
avatar
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  155
   Âge  :  40
   Date d'inscription  :  02/06/2016
    
                         
Le Trader  /  Tycho l'homoncule


Intéressant, j'ai un poème en attente qui s'appelle Terre d'intuitions, en plus. Le sujet m'intéresse énormément depuis quelques mois, et les surréalistes m'apparaissent comme un groupe curieux qui a ouvert une porte nouvelle, mais pour ne pas rentrer dans la pièce (plutôt, le monde). Les fous furieux du Grand Jeu les traitaient de gamins, sans doute eux-mêmes par candeur, mais il y avait/a toujours de ça. Peut-être Desnos mais le bonhomme n'avait ni l'envergure, ni la bonne date de naissance. Ni enfin les nouvelles méthodes, encore underground et dégagées de toute substance chimique bien sûr (je parle ici de verveine selon Liam).

Le surnaturalisme serait un bon mouvement définissant nos poésies, pour quelques uns.  Le manifeste est déjà écrit mais on pourrait ajouter de bien belles éditions.
http://www.comitedesgaleriesdart.com/sites/default/files/manifeste_du_surnaturalisme_0.pdf

Je travaille déjà avec des gens à la fois proches de ça, et lointains de la poésie, pour permettre d'élargir le spectre au maximum.
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  1148
   Âge  :  22
   Date d'inscription  :  13/10/2016
    
                         
Moïra  /  Effleure du mal


Merci, art ! L'expérience est très intéressante en effet.
 
avatar
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  2157
   Âge  :  17
   Date d'inscription  :  17/05/2010
    
                         
art.hrite  /  Chantre brahmane ज्ञानयोग


Lo, c'est vrai que l'extrait est, en gros, issu du "milieu" du second tome d'un Traité qui en comporte, grosso modo trois, et qui ne sont ni des plus minces, ni des moins denses...  

rien que pour donner un aperçu de la direction et de la "matière" du 1er...

extraits de la table du tome 1 :
 

et du second...

un bout de la table du tome 2 :
 

l'auteur a, comme qui dirait, un goût prononcé pour la cohérence, et, du coup fait souvent allusion à des chapitres, à des notions, à des choses déjà établies au préalable. donc, pas évident de citer un extrait qui ne paraisse pas abscons.

autrement, le livre a une ambition et une ampleur considérables.

Citation :
Un ouvrage qui nous ferait connaître les lois de fonctionnement des activités psychologiques diverses ,leurs lois de composition ou d'organisation entre elles et leurs lois de développement dans l'espèce à partir les unes des autres, répondrait à tout l'objet d'un traité de psychologie générale. Mais on ne peut rechercher comment elles se composent et s'organisent entre elles sans avoir déterminé d'abord dans quel ordre elles se développent au cours de l'évolution, ni comment elles se constituent et fonctionnent dan l'individu sans avoir examiné comment elles se composent : de sorte que l'ordre d'exposition semble devoir être retourné de celui qu'imposerait la méthode d'analyse du simple au complexe. C'est au cours de l'histoire des espèces et pour répondre aux fins d'adaptation qui la dirigent, que les fonctions mentales adoptent leur ordre d'organisation et de composition ; et il n'y a rien que la connaissance de cet ordre qui puisse nous révéler quelles sont ici les fonctions simples et relativement indépendantes.

là où ça devient intéressant, et c'est entre autre pourquoi je pense à toi dans ces extraits cités, c'est que, pour comprendre ces lois de la psyché humaine (parfois il dit qu'il étudie "l'histoire des événements de l'esprit", de l'esprit en tant que vie ; un de ses bouquins s'appelle d'ailleurs L'aventure de l'esprit dans les espèces), pour comprendre ces lois de la vie de l'esprit (je sais que ces vocables "vie de l'esprit" feront crisser des dents), il adopte une méthode qu'il appelle "genèse régressive". parce que l'histoire qu'elle permet de décrire n'est pas progressive, il la décrit moins du passé au présent que du présent au passé, moins de la cause à l'effet que de l'effet à la cause. il n'y a pas une suite de formes physiques que l'esprit aurait déposées le long de son parcours et abandonnées ensuite pour se livrer à des tâches plus hautes. à chaque différenciation nouvelle, l'esprit revient en arrière et reprend en main les fonctions qu'il a dépassées, pour les refondre et les faire bénéficier du "progrès" qu'il a réalisé (encore une métaphore qui fera crisser des dents, mais il faut le lire pour comprendre ce qu'il entend par là). l'idée c'est que "rien ne se crée dans la vie qui n'agisse sur ses causes génératrices". en gros : toute genèse est réciproquement regénération. il appelle ça : la loi de genèse réciproque (sa grande trouvaille) et ça lui permet de donner de la vie mentale et de son histoire une vue d'ensemble analogue à celle que la biologie donne de la vie organique et de son évolution.

ça lui permet aussi de trouver une voie à la philosophie (les liens entre philosophie et psychologie dans ses ouvrages sont assez fins et beaux) pour être une « science de l'esprit » au sens fort de science (on cherche à mettre à jour les lois qui régissent nos fonctions mentales) et une voie à la psychologie pour être philosophique au sens fort de philosophie (restituer "l'espèce de sagesse, ou du moins la signification de nos fonctions mentales").

on aurait envie de tout citer, mais on se retient.

je n'ai dit qu'à moitié pourquoi ça me faisait penser à toi, mais il y a un léger fond polémique dans le fait que je t'y "notifie" :')

pour ne citer qu'une chose parmi d'autres : le refus qu'il présente de se passer du terme "d'esprit" ; voire même de le considérer, dans son étude, presque comme le fondement des fondements. je dis presque parce qu'en fait, c'est évidemment bien moins grossier que la façon dont je le présente ; l'esprit auquel il se réfère n'a pas du tout un sens moral, religieux ni même de métaphysique ; plutôt de quelque chose qui travaille et rend possible 1/ nos explications de tout ce qui se rattache de près ou de loin aux phénomènes étudiés par la biologie, la psycho-biologie, tout ça et 2/ notre compréhension de phénomènes comme la mémoire, la perception, l'anticipation (spatio-temporelle), l'intelligence associative, verbale, conceptuelle, technique, artistique ; la manière dont tout cela se rattache à notre affectivité ; la manière dont notre mode de fonctionnement humain spécifie ce que nous avons de commun avec les autres espèces ; toutes ces choses...

mais j'en parle bien mal, bien mal... à défaut d'être plus précis, j'espère vous donner envie d'en savoir un peu plus sur cet auteur Smile

(ses analyses sur les émotions esthétiques, sur l'inspiration, les arts visuels et sonores restent superbes et rien que pour ça je vous l'indique avec vivacité)

EDIT : j'ai oublié de préciser que le bouquin en question a été publié en 1946...)


Dernière édition par art.hrite le Mer 6 Juin 2018 - 20:41, édité 1 fois
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  6499
   Âge  :  31
   Pensée du jour  :  On va pas faire comme les gens, vivre à cause de l'argent
   Date d'inscription  :  03/01/2010
    
                         
Lo.mel  /  Troll hunter un jour, troll hunter toujours


J'ai bien compris la portée polémique de ton intervention, et j'ai surtout compris qu'il y avait un désaccord. Maintenant que je lis ta réponse, je me dis que c'est probablement un malentendu : je ne sais pas ce que tu penses que je crois, mais j'ai l'impression que tu n'as pas du comprendre une ou plusieurs de mes positions (sur la base de quelles interventions ?). Si tu veux, on peut en parler en MP Wink
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  3361
   Âge  :  106
   Localisation  :  Haute-Garonne
   Pensée du jour  :  "Toute personne qui aime la musique ne sera jamais vraiment malheureuse"- F. Schubert
   Date d'inscription  :  29/08/2011
    
                         
Molly  /  Didon de la farce


Pour faire écho au tout premier extrait posté par Moïra au sujet de l'insomnie et des insomniaques, que je trouve magnifique et si juste, quelques mots extraits de ma lecture actuelle :

Robin Hobb, dans l'Assassin royal a écrit:
Il existe une heure morte dans la nuit, l'heure la plus froide, la plus noire, celle où le monde a oublié le soir et où l'aube n'est pas encore une promesse, une heure où il est beaucoup trop tôt pour se lever mais si tard que se coucher n'a plus guère d'intérêt...


THE bande-annonce
Mon blog
Vous avez publié un roman et vous souhaitez le faire voyager pour recueillir des avis ? C'est là que ça se passe !
http://alice-adenot-meyer.blogspot.fr
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  461
   Âge  :  41
   Pensée du jour  :  Ton prénom est une bouche sans yeux ils bavent tu as ce qui empire petits clous de finition barrage retenu par l’épaule les anneaux s’affinent au fond du lac il manque ton corps"
   Date d'inscription  :  27/05/2017
    
                         
Hel  /  Pour qui sonne Lestat


Les buveurs de lumière Jenni Fagan a écrit:
Quand les adultes entendent grincer une petite porte sombre dans leur cœur, ils montent le son de la télé. Ils s'enfilent un verre de vin. Ils disent au chat que c'était juste une porte qui grinçait. Le chat sait. Il saute du canapé et sort de la pièce. Quand cette petit porte sombre dans un cœur se met à faire clic-clac clic-clac clic-clac si fort et si violement qu'on voit littéralement battre leur poitrine —eh bien là ils disent qu'ils ont du cholestérol et ils essaient d'arrêter le beurre, ils se mettent à aller marcher.
Quand la minuscule porte sombre de son cœur s'ouvrira en grinçant, elle la franchira sans hésiter.
Elle s'allongera et dormira à l'intérieur de son propre cœur comme un oiseau dans la nuit.
Si la porte se met à faire clic-clac, elle enlèvera ses chaussures et s'avancera pieds nus, prête à tout affronter, mais tout ça est encore loin et sa mère est debout dans leur jardin, les sourcils froncés, inquiète, se demandant combien de boites de conserves et combien de bois elles ont et, s'il s'agit bien d'une période glaciaire, comment elles vont gagner de l'argent quand elles ne pourront plus aller récupérer des vieux meubles à la décharge. Il va y avoir beaucoup de morts, cependant. Elles le savent toutes les deux. L'hiver est en train de leur faire péter les plombs.
[...]
Marchant sur la pointe des pieds, évitant la latte qui grince, Stella soulève la tête de loup. Celle-ci est d'une légèreté surprenante et sa fourrure est particulièrement douce. Comment Alistair peut-il être aussi doué pour un truc pareil et aussi nul quand il s'agit d'être un être humain convenable ? Stella glisse le loup sur sa tête, et son nez et ses lèvres s'encadrent sous le long museau de l'animal. Le manteau de fourrure la dissimule et lui procure aussitôt une sensation de sécurité et de chaleur. Elle trouve étrange de se regarder en loup dans leur miroir argenté en forme de soleil fixé au mur. La cape en peau de loup est encore plus jolie que sur sa mère. Ses yeux noirs la regardent fixement. Ses cils sont longs. Stella tire sur la tête de loup jusqu'à ce que les oreilles tombent parfaitement en place, deux longues pattes poilues serpentent de chaque côté de ses nattes et la fourrure est blanche, comme si le loup venait de sortir de la neige—comme si l'hiver lui-même l'avait créé à partir de particules de glace et de poussière pour l'envoyer à la recherche d'une fille mortelle qui n'a pas peur du grand méchant loup, qui sait se servir d'une hache, préparer elle-même son porridge, et qui découvre que la valeur n'est pas quelque chose qu'on se laisse imposer par quelqu'un mais qu'on s'impose à soi-même.
Si le médecin lui demande ce qu'elle est le plus, elle lui dira qu'elle est une enfant loup.
Que sa mère est l'hiver.
Que leur voisin est l'enfant d'un nephilim.
Que son géniteur biologique est une future théière en os.
Stella incline la tête vers la droite et le loup semble écouter.
Quand le médecin lui demandera ce qu'elle entend quand elle parle (les tons étranges que son corps emmagasine en ce moment), elle lui dira qu'elle veut avoir une voix aussi claire que le carillon solitaire d'un triangle au sommet d'une montagne enneigée. Elle ne s'inquiète pas pour sa poitrine et elle ne veut pas se débarrasser de son pénis, aussi petit soit-il, pas si cela signifie qu'elle doit subir une opération, en tout cas. Elle veut simplement une peau douce, et laisser des empreintes de loup dans la neige chaque matin.
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  12
   Âge  :  25
   Date d'inscription  :  07/11/2018
    
                         
Erbarme dich  /  Homme invisible


Alors intervient une volonté de mensonges. Ceux qui aiment les mots distingués l’appellent pudeur. D’autres - les plus habiles - disent qu’il est temps de passer aux choses de l’art, et pour se donner du coeur, sur l’air des lampions, ils se chantent à eux-mêmes : transpositions, transpositions, transpositions.
Et hardi petits ! Nous aussi nous savons fabriquer de la fausse monnaie, des faux visages, des faux noms.
Nous aussi nous allons écrire des romans, des confessions et servir une belle tranche de vie. Au travail.
Demi-aveux, les pires mensonges. Doit-on accuser le défaut d’invention de se brûloter au feu qui fut celui de la plus belle jeunesse ?
Après avoir erré par les rues, si je n’ai pu y découvrir quelque raison de m’attarder ou de prolonger ma promenade, rentré chez moi, lorsque j’ouvre un livre au hasard, plus encore que de la pluie, des badauds ou des importuns croisés tout à l’heure chemin faisant, il m’irrite de cette imprimerie. Les hommes n’ont de souvenirs ou d’aveux qu’afin de cacher ce qu’ils craignent de découvrir de leur vrai visage, de leur présent.
Étranges perruquières que vos mémoires, vous qui avez écrit, peint ou sculpté. Vous vous êtes maquillés et, avec des grimaces sous du fard, avez tenté de donner les minutes touchantes des visages humains. Souvenirs et intimes désirs jamais assouvis et même non avoués, vous avez voulu tout concilier par le jeu de quelque logique.
L’art ?
Laissez-moi rire.
 
avatar
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  1148
   Âge  :  22
   Date d'inscription  :  13/10/2016
    
                         
Moïra  /  Effleure du mal


de qui est-ce ?
(précisez les références svp éé)
 
avatar
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  6302
   Âge  :  45
   Localisation  :  Savoyard de corps et d'esprit
   Pensée du jour  :  « Nous sommes bien conscients qu’il y aura des gens qui ne vont pas aimer du tout. Mais… Est-ce que c’est tellement important ? » Romy Schneider
   Date d'inscription  :  26/06/2012
    
                         
Aventador  /  Iphigénie in a bottle


Bernard Giraudeau n'était pas seulement acteur ou cinéaste, il était également grand voyageur et écrivain.
Disparu des suites d'un cancer en 2010, son dernier roman "Cher amour", paru en 2009, est  une véritable déclaration d'amour infiniment poétique à tout ce qui a fait le sel de cette vie qu'il sent pourtant s'éteindre inexorablement. Récompensé par le prix Mac Orlan en novembre 2009 (Bernard Giraudeau ne pourra hélas le recevoir en personne), ce bouquin est émaillé de sublimes fulgurances sur le métier d'acteur (de théâtre notamment), sur un amour imaginaire à travers des lettres fictives (amour imaginaire qui lui a permis de s'accrocher à l'existence dans sa lutte contre la maladie)...

En voici quelques morceaux choisis :

Sur le hasard:
 

A propos de l'acteur de théâtre face à son public:
 

Ses lettres à Madame T:
 

Un passage que j'affectionne particulièrement et que je cite en ouverture de mon premier roman "Shooting Brake":
 

Anny Duperey, son ex-compagne, disait dans une interview donnée à Paris-Match que lorsqu'elle partageait sa vie, Bernard Giraudeau trouvait le bonheur chiant, qu'il enrageait de tout, que ça a été la cause de leur rupture après dix-huit années d'idylle. Mais que la maladie avait "fait émerger de cet être si sombre une clarté et une paix incroyables." C'est au final ce qui ressort de ce livre, un appétit de vivre et une envie de savourer l'instant avant qu'il ne soit trop tard. Parce que comme l'écrit son auteur : "Vivre ce n'est pas espérer demain, c'est être maintenant." Jolie maxime, n'est-ce pas ?
http://raphaelcoleman.canalblog.com/
 
   
    
                         
Contenu sponsorisé  /  


 

 Les plus beaux extraits

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum des Jeunes Écrivains :: Atelier :: Bibliothèque-