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 Et la créativité dans tout ça?

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isallysun  /  Pour qui sonne Lestat


Hello! Je venais zieuter le forum et en ouvrant un sujet qui m'intéressait, je tombe sur cet extrait :

« L'écriture est une technique et requiert de l'exercice. Le problème avec les "formations" littéraires, c'est l'homogénéité et un certain polissage de la créativité. À mon sens. »
(Désolée, j'ai oublié de noter de qui ça venait)

Et cela m'a fait me demander à savoir si ces formations littéraires, au contraire d'un polissage de la créativité, ne permettrait pas plutôt de la développer. Je me questionne, puisque, terminant une formation en graphisme de 3 ans, je vois que j'ai développé celle-ci en étant confronté à différents styles au cours de mon parcours et que j'ai fait un bond énorme à ce niveau.

Donc, je me demande si cela pourrait être aussi le cas au niveau des cursus littéraires qui confronteraient l'écrivain/e à différents procédés pour ne pas inhiber sa créativité au contraire. Qu'en pensez-vous?
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Lo.mel  /  Correcteur apolitique pour Sputnik




Mon n'sorte de roman : Pionniers, tentative d'une Âme      :rain:


Recette pour faire un bon livre :
1) Écrivez un mauvais livre ;
2) Recopiez le contraire.

Spoiler:
 
 
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isallysun  /  Pour qui sonne Lestat


En fait, ce n'est pas de ce sujet dont je parlais, mais j'ai tout de même lu la conversation. Ça répond un peu à ma question, mais ce n'est pas tout à fait dans cette optique-là que je posais ma question. C'était plus, à quel point la confrontation à d'autres styles (par quelques façons que ce soit, formation et autre) permet de développer le sien? Je ne sais pas si je suis plus claire.
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Ahava-brumes  /  Guère épais


Je crois que c'est moi que tu cites, parce que ça me rappelle vaguement quelque-chose.
Bien évidemment, se diversifier, s'ouvrir à d'autres style, permet de renforcer l'élan créatif. C'est bien pour ça que je confirme que l'écriture demande l'exercice. Tout exercice implique une certaine répétition (sans pour autant tomber dans l'automatisme stupide et aliénant). 
Mais en ce qui concerne les formations littéraires, doit y avoir du bon comme du mauvais. Je soupçonne quand même un certain formatage. Voilà.
 
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Je n'ai pas fait de forma littéraire donc je suis mal placé pour parler mais il me semble que ce sont des classiques qui y sont étudiés et rarement d'autres courants comme la fantaisy, la science fiction, l'horreur etc Après je peux me planter, bien entendu, peut-être que tous les genres littéraires y passent mais j'aurais tendance à dire comme Ahva que cela aurait tendance à formater dans un certain sens, par manque d'ouverture.

Tu cites ta forma en graphisme, mais en graphisme on touche à beaucoup de choses et on voit passer beaucoup de styles différents, l'exercice ouvre ta patte graphique parce qu'il y a plus de diversité... non parce que tu as fait des études là dedans à mon sens.

Je pense qu'un écrivain gagnera plus à lire beaucoup, pleins de choses différentes, et écrire tout autant pour s'enrichir et se trouver.
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isallysun  /  Pour qui sonne Lestat


@Ahava: mais n'y aurait-il pas des moyens d'éviter ces formatages? Par exemple, je sais que les profs nous disaient que si on se faisait recommander des modifications qui ne nous correspondaient pas, de le mentionner, afin de trouver d'autres solutions. Cela ne pourrait-il pas s'appliquer également dans l'écriture?

@Nihil: Alors le problème ne serait-il pas au niveau du contenu de la formation à ce moment-là? Je comprends que tu puisses penser qu'on voit beaucoup passer de styles en graphisme, mais lors de mes recherches, je voyais surtout les tendances du moment passés et non tout. Mais je savais, en fouinant encore plus, et en ayant eu des cours d'histoire de l'art quelques autres courants desquels je pouvais m'inspirer. Alors, ne devrait-il pas y avoir des cours d'histoire d'apparition des différents courants littéraires?
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bêtement: les études de lettres ne sont pas essentiellement conçues comme un apprentissage du métier d'écrivain mais comme un apprentissage du métier de professeur (et encore...) ou, au mieux, de critique littéraire. les lectures ne sont presque orientées qu'en ce sens. qu'on y étudie l'histoire d'apparition des différents courants littéraires ou qu'on y analyse dans le détail les textes, la méthode de lecture et d'apprentissage demeure commentative ou dissertative. on lit un texte ou un corpus de textes  1/ pour comprendre comment il dit ce qu'il a à dire. 2/ pour formuler notre compréhension de manière claire, rigoureuse et intelligible. par conséquent, parler de formatage est relativement absurde puisque ce n'est pas le propos de ces formations. c'est les comprendre selon un but qui n'est pas le leur. une formation d'écrivains? il manquerait plus que ça. et pourquoi pas des poètes d'État ou des cinéastes d'entreprise ? Surprised

quoiqu'il en soit lire pour écrire c'est tout autre chose puisque le désir d'écrire en fonde le geste. on ne se contente ni de vouloir en composer une analyse juste, ni de s'en imprégner béatement en lecteur naïf. on s'approprie ses lectures selon une certaine idée qu'on se fait de l'expression artiste. avoir du talent, c'est quelque chose qui commence entre être interpellé par ses sensations et vouloir s'exprimer en étant pleinement soi. être atteint en profondeur par des idées, des êtres, des histoires, cela arrive à peu près à tout le monde. être disposé à l'exprimer, c'est chose un peu moins courante. quant à l'exigence d'être pleinement soi dans l'écriture (ce qui équivaut à vouloir être "créatif"), cela est l'affaire d'un plus petit nombre. les études universitaires, quelles qu'elles soient, ne sauraient apprendre ce trait d'esprit - qui est affaire individuelle. tout au plus peuvent-elles le cultiver malgré elles.
 
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Judie  /  Pippin le Bref


Bonjour !

Ce débat m'intéresse.

isallysun a écrit:
Donc, je me demande si cela pourrait être aussi le cas au niveau des cursus littéraires qui confronteraient l'écrivain/e à différents procédés pour ne pas inhiber sa créativité au contraire. Qu'en pensez-vous?

Je pense que c'est très juste. Il y a plein de textes et d'auteurs vers lesquels je ne serais pas allée sans me mettre à l'étude des lettres, soit françaises, soit de langue étrangère. En lisant tout cela, j'ai beaucoup précisé mes goûts, mes techniques ; j'ai mieux défini ce que je cherchais dans l'écriture. Un cursus littéraire en classe préparatoire ou à l'université me paraît très formateur, non seulement dans l'idée d'élargir sa culture, mais aussi de développer sa compréhension de l'écriture et des procédés textuels. La formation ne deviendrait du formatage qu'avec l'obligation de ne pas dévier d'une sorte de dogme inculqué durant la formation. Or le dogme est si pluriel, les textes si nombreux, les professeurs si différents, qu'on ne peut pas parler de dogme. Au contraire, à force d'élargir les horizons, d'étudier des textes sur lesquels on n'aurait pas soi-même essayé de réfléchir, de voir défiler des spécialistes si dissemblables, la formation dont je parle amène à revenir sur nos certitudes, sans nécessairement les briser, mais en nuançant les choses.

Je ne sais pas grand-chose des ateliers d'écriture. En lisant des retours sur le sujet, j'ai l'impression qu'ils sont loin d'inhiber, mais qu'ils n'apportent rien. Le mot d'ordre est très souvent de ne pas brider la créativité, de ne pas formater, de laisser libre cours à, de faire ce qu'on a envie de faire et de ne pas se préoccuper. Je trouve aujourd'hui que le formatage est moins à craindre que l'absence de formation. Je préfère que quelqu'un m'énonce sa manière de faire et de voir : je prendrai ce qui me plaira, je réfléchirai sur ce qui me pose problème et je jetterai le reste. Parce qu'un type qui prétend diffuser la technique et le goût de l'écriture en ne disant rien d'autre que libérez-vous !, faites ce que vous voulez !, je le rangerais sans doute au milieu des charlatans.

Mais la question de base (en citation) suppose une autre question, plus profonde : est-ce que l'art d'écrire est de nature à être appris ? Pour moi, la réponse est double : il y a une partie de cet art qui s'apprend, tandis qu'une autre partie de ce même art ne s'apprend pas. Personne ne peut penser qu'on n'a pas besoin d'apprendre à lire, à écrire, et, peut-être, à comprendre l'âme humaine et le monde. Mais il faut faire une différence entre "artiste" et "artisan" : le peintre-artisan (pardon pour l'exemple un peu Renaissance) exécute un ensemble de procédés techniques sans y mettre un souffle supplémentaire, un je-ne-sais-quoi qui nous parle (il y a tout de même une éducation du goût) ; le peintre-artiste a une vision, qui transcende le contexte de réalisation, d'où la plus grande universalité de son tableau. Je ne veux pas me disperser par la recherche de la nature de ce souffle, de ce je-ne-sais-quoi, de cette vision, mais je pense que cela ne s'apprend pas. J'imagine que l'étude et le rêve ont la capacité de fertiliser les âmes contemplatives, suite à quoi les visions se multiplient. Mais je ne peux pas imaginer de manière d'apprendre à quelqu'un (ou de quelqu'un) ce je-ne-sais-quoi qui transforme en artiste.

Pour conclure enfin, je dirais que je ne crois pas à la prolifération des génies qu'on nous vend lorsqu'on nous dit qu'il n'y a qu'à se libérer pour produire des monuments. Je pense qu'il faut faire l'inverse : au lieu de se débarrasser de toute formation (soi-disant pour ne pas brider sa créativité, mais sans doute aussi pour ne pas paraître en position d'apprenant, pour ménager sa paresse personnelle ou pour légitimer tout texte un peu nul qu'on produirait, qui serait bon sous prétexte qu'il reste un témoignage authentique de notre perception propre), il vaudrait mieux se former (la lecture est un bon début). Quitte à se construire au moyen du parricide, en tuant symboliquement le père indépassable, qui nous formate et qu'on ne ferait que copier, autant avoir quelqu'un à tuer. Quelqu'un qui rejette un "formatage" a compris quelque chose : il se construit sur la modalité du reniement. Quelqu'un qui n'a rien à rejeter n'est pas nécessairement mieux loti.
 
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Ahava-brumes  /  Guère épais


Citation :
@Ahava: mais n'y aurait-il pas des moyens d'éviter ces formatages? Par exemple, je sais que les profs nous disaient que si on se faisait recommander des modifications qui ne nous correspondaient pas, de le mentionner, afin de trouver d'autres solutions. Cela ne pourrait-il pas s'appliquer également dans l'écriture? 

Certainement. Au pire essaye, et tu nous raconteras. Je suis réticente aux "formations littéraires". Pourtant, elles jouissent d'une bonne réputation dans les pays anglophones. À voir. 
Personnellement, je lis des livres, je m'intéresse au travail des autres, j'écume le forum JE, j'épluche les catalogues des Maisons d'édition. Bref, je ne reste pas dans ma bulle. Et j'écris beaucoup, je tente pas mal de choses. Certaines choses me plaisent, d'autres moins. Donc je ne vois pas trop l'utilité de suivre une formation littéraire.
D'ailleurs dans mon université, comme je faisais un double cursus pour mon Master (Philosophie et littérature) j'ai pu suivre des modules de "creative writing". Bon certes c'était en anglais, et je n'écris pas en anglais, ça ne m'inspire pas. Je n'ai pas été particulièrement transcendée. 
Il y a des JE très talentueux sur ce forum, et j'ai beaucoup appris rien qu'en lisant leurs textes.
 
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lire pour écrire? il me semble que depuis que je me suis mise un peu plus sérieusement à l'écriture, je n'ai pas tant changé mon rapport à la lecture... ça demeure avant tout un loisir et c,est toujours dans cette optique que j'aborde mes lectures.
Et je n'ai pas tant l'impression que c'est aussi inné que tu le dis, cette façon de penser artiste-écrivain. Par exemple, je prends les meilleurs en illustration de ma cohorte, et comme l'un le dit, c'est des heures et des heures de travail, pas quelque chose d'automatique-inné. Et je crois que ça s'applique aussi à l'écriture.

@Judie: tu dis que tu as mieux précisé ce que tu cherchais dans l'écriture. Est-ce que cela inclut ta recherche de ton style?
Tu ne crois pas que, justement, la recherche de styles en s'inspirant des autres, en étant formé par eux, est ce qui permettrait en quelque sorte, de trouver sa propre vision, et d'ainsi passer de l'artisan à l'artiste?
Et j'ignore si c'est parce qu'il est tard et que je ne suis pas concentrée, mais j'ai de la difficulté à saisir le sens de : «Quitte à se construire au moyen du parricide, en tuant symboliquement le père indépassable, qui nous formate et qu'on ne ferait que copier, autant avoir quelqu'un à tuer.»

@Ahava: En fait ce n'est pas nécessairement quelque chose qui m'attire pour l'instant puisque je viens de terminer ma formation de graphiste et vais donc travailler là-dedans, mais plutôt un questionnement qui est venu à moi. Et JE ne pourrait-il pas ainsi être le formatage qui te sied?
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je ne dis pas que c'est inné, paf, je nais et me voici artiste-écrivain, je dis encore moins que ce n'est pas une affaire de travail, je dis les deux: c'est une disposition à travailler en tant que tel : il faut bien admettre que certains sentent cette nécessité de s'exprimer de telle ou telle manière extrêmement tôt et que d'autres ne sentent jamais cette nécessité. il faut bien admettre aussi qu'en quelque discipline où nous nous situons, certains ont besoin de suer davantage que d'autres pour arriver à des résultats à peu près semblables (exemple: le sport). on ne cultive pas sur du néant.

ensuite, je ne nie pas qu'on lise pour le loisir, je dis qu'il y a plusieurs manières de lire (elles ne sont pas exclusives les unes des autres). seulement, je crois que dès qu'on se positionne un tant soi peu par rapport à l'écriture, on ne lit plus tout à fait comme avant. pour en avoir l'expérience, pour avoir subi les affres d'enchaîner des phrases les unes aux autres de façon cohérente, on devient mieux capables d'apprécier de ce qu'on lit le type de travail sur le langage, sur l'élaboration de grands ensembles, etc. ça m'embête de dire des banalités, mais je ne connais aucun grand artiste qui n'ait senti la nécessité de prendre exemple sur ceux dont il admirait les oeuvres "avant de se trouver". or, ça implique de se rapporter aux oeuvres avec une attention très spéciale, non pas technique au sens du commentateur (comme on nous apprend en lettres), mais technique au sens de l'artiste (comme on l'apprend par soi-même en tâtonnant).

bref, je réagissais surtout contre à l'éventuelle corrélation entre études de lettres et écriture : et je disais que c'était un contresens de considérer que de telles études aient le rôle de nous rendre "créatifs". elles ont juste celui de nous rendre un tant soit peu rigoureux dans l'analyse des textes et des théories littéraires. elles présupposent bien plus d'avoir un certain goût pour la lecture que pour l'écriture.
 
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Judie  /  Pippin le Bref


J'explicite un peu ma pensée en répondant aux trois questions sur mon message. Il y a sans doute beaucoup de gens se représentant la création de façon différente ! Il ne s'agit pas pour moi de convaincre qui que ce soit, mais seulement de mieux exprimer ce que j'ai pu mal dire un peu plus haut.

isallysun a écrit:
@Judie: tu dis que tu as mieux précisé ce que tu cherchais dans l'écriture. Est-ce que cela inclut ta recherche de ton style?

Cela inclut la recherche stylistique, oui, bien sûr ! Le style est la signature technique de l'ouvrage : on voit la "patte" du compositeur, du peintre et de l'écrivain, mais sa vision n'est pas simplement réductible à ses choix techniques. Ce serait comme réduire le Caravage à la technique du clair-obscur. La partie technique de l'art s'apprend, quel que soit l'art : nul ne sait déjà composer, peindre ou écrire avant d'avoir appris ses lettres, ses gammes, ses techniques. Le génie joue avec les codes techniques, de manière à mettre ensuite les éléments de la technique au service de sa vision. Ayant vu quelque chose qui échappe au grand nombre, il a dû trouver la façon de traduire, aménager la langue afin d'y dire une chose qu'on ne pouvait pas dire auparavant. Cette chose nouvelle, on ne l'apprendra pas, par définition, lors de la formation.

isallysun a écrit:
Tu ne crois pas que, justement, la recherche de styles en s'inspirant des autres, en étant formé par eux, est ce qui permettrait en quelque sorte, de trouver sa propre vision, et d'ainsi passer de l'artisan à l'artiste?

Tu détournes le mot vision de l'emploi que je lui donnais. Si tu confonds le style et la vision, la formation ne peut qu'aider à trouver son style et sa vision. Si tu distingues les deux, ce que je fais (sans doute à tort !), le style est le produit d'un choix technique (en jouant sur le fil de la roulette russe, j'ai utilisé un style à la Claude Simon, que j'emploie plutôt rarement : le style est pluriel, technique et choisi, même inconsciemment), tandis que la vision, le je-ne-sais-quoi, n'est pas selon moi le fruit de la formation. Je ne dis pas que ce je-ne-sais-quoi serait inné. Je dis seulement qu'il ne peut pas provenir d'une formation (sauf si l'on considère au sens large que toute chose vécue nous forme). La vision serait la manière étonnante de voir le monde (ou de le relire en le recréant dans un autre monde) qu'a un artiste. Il l'a développée à travers sa vie, ses réflexions, ses expériences, ses doutes, ses rêves. L'étude a fertilisé le tout : l'étude en général (la philosophie, les lettres, l'histoire, l'ethnologie, la psychologie, la théologie), car la vision n'est pas simple élucubration, mais réinterprétation, nouveau regard définissant le monde existant (qu'il faut donc connaître), et l'étude de l'écriture (il s'agit de communiquer la vision, mais aussi de la mettre en forme à ses propres yeux : l'étude des ressources de la langue et des textes semble intéressante, voire indispensable).

isallysun a écrit:
Et j'ignore si c'est parce qu'il est tard et que je ne suis pas concentrée, mais j'ai de la difficulté à saisir le sens de : «Quitte à se construire au moyen du parricide, en tuant symboliquement le père indépassable, qui nous formate et qu'on ne ferait que copier, autant avoir quelqu'un à tuer.»

On apprend par mimétisme. On copie quelqu'un, le Père (un père symbolique). On peine à le dépasser, parce que c'est comme cela qu'on a appris à faire et qu'on ne sait pas faire autrement. Je concluais sur une remarque à moitié humoristique en disant qu'un apprenti qui a subi le formatage a l'avantage sur un autodidacte, ayant la possibilité de se renouveler par le reniement du Père. Il faut "tuer le père" en psychologie, pour sortir du mimétisme et se trouver soi-même en trouvant sa propre voie. Cette idée est tirée de Cioran, qui dit quelque part que "la possibilité de se renouveler par l'hérésie confère au croyant une nette supériorité sur l'incroyant." J'ai voulu conclure ainsi parce qu'on voit beaucoup de gens se féliciter de ne pas subir le conditionnement, le formatage, et bien peu reconnaître avoir profité de la formation. Peut-être en fin de compte que toute formation formate ! À chacun de remettre en question son conditionnement. Mais l'absence de toute formation ne signifie pas la liberté. Je dis que la formation n'apporte pas la vision, mais cela ne sous-entend pas qu'on la trouve en refusant la formation.

J'espère avoir éclairci les obscurités de mon premier message !
 
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Judie est une fille raisonnable, écoutez-là
 
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Citation :
@Ahava: En fait ce n'est pas nécessairement quelque chose qui m'attire pour l'instant puisque je viens de terminer ma formation de graphiste et vais donc travailler là-dedans, mais plutôt un questionnement qui est venu à moi. Et JE ne pourrait-il pas ainsi être le formatage qui te sied? 

C'est une question qui mérite d'être pleinement étudiée. 
En tout cas JE ne me soutire pas de l'argent et ne prétend aucune former les internautes. J'en retire une belle expérience, une expérience "formatrice" certes dans mon cas, mais je n'ai pas l'impression d'être formatée.
 
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Votre échange est intéressant à plus d'un titre. Il y a l'inné, et le "cent fois sur le métier". Les auteurs ne fonctionnent pas tous de la même manière, certains sont méthodiques et ciseleurs, d'autres rédigent spontanément, sans réflexion préalable. Tous écrivent des deux manières, le plus souvent: ils jettent des mots sur l'écran ou le papier, et retournent en arrière, gardent ou détruisent. Ce qui compte, c'est le résultat.
En peinture et sculpture, c'est le même fonctionnement. il y a ceux qui ont le coup de pinceau (ou de ciseau) instinctif et sûr, et ceux qui détruisent et recommencent, ou font les deux.
Isallysun, tu es graphiste. Les artistes plasticiens s'expriment, eux aussi, selon des codes et des techniques. Ce qui est rédhibitoire, au fond, ce n'est pas "d'apprendre à faire", c'est de "faire" selon des normes qui uniformisent. Rien ne vaut le talent. Un auteur est unique. Un graphiste est unique. C'est leur unicité qui fait que leur œuvre est digne d'intérêt et qu'elle est séduisante.
Je fréquente beaucoup les salons d'art contemporain, (mon mari est sculpteur), je me souviens de certains salons très célèbres qui alignaient des imitateurs de ce qu'il est coutume d'appeler "l'art brut". L'art brut est l'art de ceux qui créent instinctivement, sans culture préalable. Certains de ces imitateurs avaient fréquenté des écoles d'art pendant plusieurs années, pour en arriver à imiter les simples et les aliénés, c'est triste.
Je pense, comme Ahava-brumes, que ce qui fait sens, c'est la beauté de l'œuvre et sa singularité.
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