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 La poésie aujourd'hui

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Invité  /  Invité


Bonjour, bonsoir à tous !

Je suis étonnée de ne pas avoir trouvé de sujet semblable, c'est pourquoi j'en ouvre un. Quand j'évoque la poésie ici, je veux surtout parler de la poésie écrite, c'est-à-dire celle que l'on voit classiquement dans les recueils, pas le rap ou le slam (attention, je ne dis pas que ce n'est pas de la poésie, mais il y a un très nette différence entre ces genres parlés et la poésie écrite, destinée principalement à être lue).
Que pensez-vous de l'état de la poésie actuellement ? Aujourd'hui, la poésie a clairement très peu de visibilité. Les lecteurs se font rares déjà pour les poètes connus, alors pour les autres… De même, les revues et recueils ne sont tirés qu'à un nombre très restreint d'exemplaires. Seuls quelques cercles d'initiés s'y intéressent vraiment, finalement. Pourquoi un tel désintérêt ?
De plus, généralement, si vous dites que vous écrivez de la poésie, vous passez volontiers pour quelqu'un de "perché", voire comme vivant dans une autre époque. Est-ce parce que la poésie est peu médiatisée, dû au fait qu'elle n'est pas rentable ? Ou bien parce que l'éducation littéraire n'arrive pas à susciter un intérêt durable pour le genre ?
Enfin, question ô combien douloureuse, la poésie est-elle vouée à disparaître ?
 
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Zarathoustra  /  Homme invisible


Okay, cette(ces) question(s) m'intéresse(nt) beaucoup, à des degrés différents, mais toutes incluses dans une problématique bien générale et englobante, je crois, qui est celle de la fin de ton paragraphe.
Je t'écris donc mon avis plus ou moins spontané sur la question, sans trop élaborer et je surveillerai ce sujet en effet attentivement par la suite

je crois qu'il faut tout d'abord poser le fait que la poésie est un des arts les plus universels, intemporels, hétérogènes entre tous : elle est l'apanage de pour ainsi dire toutes les civilisations, constitutive de chaque société (sous des formes toujours diverses, éparpillées, mais présente) - et je crois qu'on peut aujourd'hui chacun pointer / mesurer l'étonnement d'une poésie agonisante, quasi disparue ou en tout cas dissoute, dissolue
Par dissoute, j'entends qu'elle semble s'être agglomérée un peu partout ailleurs que dans la poésie : on parle de nos jours de "poésie et danse", "poésie et peinture", voire de "poésie d'un film": le poétique est partout et la poésie nulle part, je pense pouvoir défendre ce point de vue.
Par dissolue j'entends la conséquence de ce que j'ai dit avant : une dégradation de la poésie (et ce que tu viens apporter comme étant slam, rap, je l'inclus ici), une dépravation de la poésie.

Nous pourrions, je crois, devenir les "plus emmerdés de l'univers" dont parlait Céline, les premiers à ne pas avoir de poésie.

Concernant les causes, je pense qu'elles sont assez vastes : un aplatissement de la culture en général (une sorte d'équation culture pour tous = culture pour personne, contestable sûrement et dont je veux bien discuter), un manque de temps, d'envie de nos générations; je dirais peut être aussi (risquant de me faire des ennemis je sais) : de par les mouvements surréalistes, dadas, qui sont à mon avis facteurs de la décadence de l'art, etc...
Poésie peu rentable, donc, je suis d'accord avec toi, poésie méconnue (au même titre que la peinture, la sculpture, and so on), poésie de second ordre - "vivons avant, cultivons nous ensuite"

Voilà mon constat, pessimiste certainement, critiquable; mais celui d'un passionné de poésie bercé voir noyé dans ce domaine, donc intéressé.
 
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Pasiphae  /  Truquage geniphasien


C'est vrai que ce sont des questions qu'on peut se poser, quand on ne connaît pas trop l'état du champ contemporain. Mais ton interprétation (qui était aussi la mienne il y a quelques années) repose sur des erreurs et quelques préjugés.

Je suis un cours consacré au vers dans la poésie contemporaine, et plusieurs poètes sont venus parler du champ poétique aujourd'hui.

En fait, et contrairement à ce que tu sembles croire, la poésie n'a jamais été aussi pratiquée, publiée et lue (et donnée à entendre). Les statistiques sont là pour le prouver, et croire que les foules lisaient Baudelaire ou plus récemment Eluard, ce sont des erreurs (là où la poésie rencontre le grand public, c'est dans l'environnement scolaire : récitations en primaire, commentaires de textes en lycées ; et dans la chanson, avec des gens comme Ferré, Ferrat, ou plus récemment Saez qui mettent en musique Aragon, Baudelaire...).
Le public de la poésie qui se fait est et a toujours été un public restreint ; mais il a tendance à augmenter. En fait, aujourd'hui, les poètes s'attachent beaucoup à la poésie orale et à la poésie performance, ce qui fait qu'ils rencontrent d'autres arts, et donc d'autres artistes et les publics habituellement intéressés par ces arts. Il existe de multiples petites manifestations, lectures publiques, concours, foires et salons qui promeuvent la poésie, sans parler des lieux qui lui sont dédiés (maison de la poésie, cafés ou salons de thé littéraires)...

Alors effectivement les livres de poésie sont édités à de très faibles tirages (300 à 500 exemplaires en moyenne), mais c'était déjà le cas en 1942 (100 exemplaires pour Le condamné à mort de Genet, par exemple) ; le roman a toujours beaucoup plus fédéré, parce que réputé facile, accessible et divertissant, alors que le public de la poésie est souvent un public d'initiés, voire... de poètes. Mais aucun changement de ce côté-là.

Alors après, si tu es curieuse et a envie de découvrir les "noms" qui fédèrent le champ actuel, je peux te conseiller  Caisse à outils : un panorama de la poésie française aujourd'hui de Jean-Michel Espitallier, qui donne à la fois des noms et des façons de s'y retrouver (outils théoriques, mouvements, phénomènes d'oppositions...), et c'est écrit par un poète.
La lecture de cet article n'est pas non plus inutile même si Nathalie Quintane a tendance à m'agacer.

Sinon, des noms intéressants au hasard :  Jacques Roubaud, Claude Roy, Philippe Jacottet, Yves Bonnefoy, Christophe Tarkos, Denis Roche, Nathalie Quintane, Anne-Marie Albiach, Jean-Michel Espitallier, Michel Deguy, Jean-Michel Maulpoix, Lionel Ray, Christian Prigent, Emmanuel Hocquard, Claude Royet-Journoud, Jean-Marie Gleize, Pierre Alferi, Philippe Beck, Anne-James Chaton, Pascalle Monnier, Charles Pennequin, Jean-Pierre Verheggen, Jacques Réda, sont autant de poètes contemporains reconnus, avec raison ou non (j'ai personnellement des réticences avec beaucoup d'entre eux)

edit : je viens de voir le post de Zarathoustra, avec lequel je ne suis pas d'accord pour les mêmes raisons. Mais je relèverai encore ceci : le surréalisme (contrairement à dada), loin d'être ce qui aurait brisé la poésie, a été un merveilleux ferment pour tous les mouvements qui ont suivi... à tel point que le grand problème des poètes des années 70 aura été : comment se débarrasser du surréalisme ? comment ne pas être un énième post-surréaliste ?


Miettes - Elèves - Nouvelles -Poésie mietteuse
 
   
    
                         
Invité  /  Invité


Je sais que c'est une autre question, mais est-ce qu'il y a des poètes qui n'écrivent pas des poèmes-de-poète destinés aux poètes?
 
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Pasiphae  /  Truquage geniphasien


« Faut-il que j’écrive en vers pour me séparer des autres hommes ? Que la charité prononce ! »,  ça c'était un certain Isidore Ducasse, et ça date. Tu mets donc le doigt dans une question épineuse, mais je ne pense pas qu'il y ait chez les poètes volonté de snobisme, simplement exigence face à soi et aux effets obtenus ; peut-être, plus obtient-on des émotions subtiles, moins touche-t-on de monde ? Alors faut-il viser le plus de monde possible, ou l'émotion la plus délicate ? Et est-ce que la question se pose en ces termes ? Est-on prêt à vulgariser son talent pour toucher plus de monde ? Cette question a touché Aragon, qui écrivait pour la Résistance : il lui a fallu renoncer à beaucoup de choses acquises lors de sa période surréaliste, pour que sa poésie se fasse chant national ; mais ce sont des choses vers lesquelles il est retourné en fin de vie.
On peut aussi postuler que l'art le plus difficile serait de dire de manière simple une émotion difficile, mais là-dessus les écoles s'affrontent, c'est plutôt le postulat du classicisme, détruit par les vagues romantiques, symbolistes, surréalistes. Encore que les surréalistes voulaient, comme Lautréamont, d'une poésie écrite par tous.


Miettes - Elèves - Nouvelles -Poésie mietteuse
 
   
    
                         
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Merci Pasiphae, tu as répondu pile poil à ma question.

L'exemple d'Aragon est très bien trouvé, mais justement, je me suis toujours dit que sa poésie était toujours belle, quels que soient les lecteurs auxquels il voulait s'adresser. L'accessibilité n'est pas un bon critère pour juger. Elle dépend tellement de l'époque, des goûts, de l'éducation des gens, et de la place de la poésie aussi .... Je crois que sur le fond, on est d'accord !
 
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Oui sûrement !
Mais Aragon s'est quand même posé la question, je pense à un poème des Yeux d'Elsa où Elsa lui demande se se faire plus accessible pour que tous les François soient touchés et le suivent... et où il fait son mea culpa, ça s'appelle je crois "Ce que dit Elsa", mais je suis d'accord pour dire que ses poèmes sont facilement touchants, même pour des gens qui ne lisent pas beaucoup de poésie (c'est par Aragon entre autres que je suis venue à la poésie)


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Ce que dit Elsa:
 


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Je crois que c'est dans l'ère du temps de mélanger les arts et de viser la création et non uniquement son genre de prédilection, la poésie suit ce chemin aujourd'hui. C'est même assez logique, puisqu'elle est née d'une idée de "faire, créer", donc agir dans tous les domaines artistiques.
Même les poètes avec des recueils , lors de leurs promotions, essayent de les lire avec un minimum de présentation, lors de rendez-vous poétiques. Comme aujourd'hui, il est aisé de rencontrer d'autres courants artistiques, de les mêler par des biais technologiques ou événementiels généralistes, c'est normal que finalement le poète ne soit pas figé dans l'objet-livre, puisque de nos jours, la communication a d'autres canaux que le papier, la pierre et la parole. Quand tu vois tout ce qui se fait dans un Printemps des Poètes, une Ville des Mots, les Dis-moi Dix Mots ou les Marchés Internationaux de Poésie (pour ne citer que les plus gros)...

Donc je pense qu'elle a une visibilité, mais que la vision strictement écrite de la poésie est naturellement devenue plus obsolète, tout simplement parce qu'aujourd'hui nous avons des outils que nous n'avions pas avant (radio, clips, enregistrements musicaux, micros, gros festivals...).
C'est un peu comme perdre l'utilisation du biface parce qu'on a inventé le couteau, mais cela n'empêche pas qu'on puisse le réutiliser, le décrire, l'employer, le fabriquer, et faire des choses sympas.
Je peux comprendre cependant la tournure plus "multimédias" de la poésie. Je ne la crois donc pas morte mais bien plus présente que jamais, d'autant qu'au final, ces actions "interactives" de al poésie lui font bonne pub et la remette au goût du jour, y compris dans sa version la plus simplement écrite.

D'où le fait qu'on édite 300 recueil aujourd'hui et non plus 100, comme disait Pasiphaé. On touche plus vite les publics. Après, si tu ne considères que la poésie publiée, sans ce qui se fait autour de ce support-livre, ça peut te paraître un peu "bouffé" par le reste.

 
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Pasiphae  /  Truquage geniphasien


Oui, en fait c'est toujours très surprenant de voir à combien d'exemplaires ont été tirés des recueils aujourd'hui considérés comme d'immenses classiques ! Je n'ai pas de chiffres sous les yeux, mais mes souvenirs de cours me chuchotent que les plus grands textes de Mallarmé, d'Apollinaire, de Rimbaud ou de Reverdy par exemple, étaient toujours publiés de quarante à cent exemplaires, et diffusés à un public d'amis (sur joli papier).

Alors qu'aujourd'hui, sans parler des supports dématérialisés, il existe de nombreuses maisons d'édition de poésie (P.O.L., Verdier, le Castor Astral, Obsidiane, Cheyne, Voix d'encre, Rougerie, Al Dante, le Temps qu'il fait, le Temps des cerises, Seghers, sans compter les collections poésie de grandes maisons) qui diffusent largement des tirages bien supérieurs (300 à 2000, ça peut faire rire quand on compare aux romans, mais ça n'est pas si mal !)


Miettes - Elèves - Nouvelles -Poésie mietteuse
 
   
    
                         
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y'a beaucoup de merde dans la poésie contemporaine et beaucoup de snob
 
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Je le pense aussi mais, il y a nous ! et quelques poètes chouettes si on cherche bien (j'aime bien Roubaud, Valérie Rouzeau, Jacottet, Pascalle Monnier, et l'autre jour j'ai ouvert un livre dans ma librairie qui était très bien mais j'ai oublié l'auteur)

Le problème c'est qu'il suffit de prendre les postures, gestes esthétiques de certains courants pour se voir proclamé poète (par exemple mélanger les registres de langage, faire des phrases à l'envers, pratiquer l'écriture blanche ou la mise en page bizarre avec des trous et des failles, s'inspirer de traditions poétiques exotiques), ce qui fait que parmi les vrais bons poètes on a aussi pas mal de gens qui bénéficient de l'effet de mode et de copinage
Mais j'imagine que ce n'est pas nouveau, on a oublié pas mal de surréalistes, de symbolistes, de romantiques qui pourtant avaient leur petite renommée parce qu'ils mettaient bien à exécution les diktats de leurs mouvements respectifs

Pour moi l'horreur absolue c'est Philippe Beck - et il vient parler dans mon amphi la semaine prochaine, ça va être rigolo.

Poème extrait d'Opéradiques, publié chez Flammarion:
 


Miettes - Elèves - Nouvelles -Poésie mietteuse
 
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Dernière édition par art.hrite le Lun 6 Mar 2017 - 23:50, édité 1 fois
 
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art.hrite  /  Chantre brahmane ज्ञानयोग


pour une aristocratie du logos et du verbe créateur, votez art. ri Surprised
 
   
    
                         
Invité  /  Invité


Je crois qu'internet permet surtout la multiplicité, la versatilité. À en avoir le vertige. On peut être plusieurs poètes à la fois, avoir plusieurs lectorats.


Dernière édition par Crème de Rose le Dim 29 Mar 2015 - 21:42, édité 1 fois
 

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