AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partager | 
 

 Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Sam 2 Oct 2010 - 15:40

Si vous ne parlez pas l'espagnol, mais que vous êtes curieux de connaître les chansons à texte d'Espagne et d'Amérique latine, ce topic peut vous intéresser...

Je vais vous proposer de connaître la chanson à texte espagnole et hispano-américaine en 20 posts à peu près.

Il s'agit d'un projet, appelé "El cancionero", que j'ai monté il y a quelques années avec un ami guitariste, et qu'on a joué dans plusieurs collèges, lycées et universités françaises en 2004, interprété par le Duo Mala Hierba (avec Javier Blanco à la guitare). Le répertoire est composé d'une vingtaine de textes traduits personnellement de l'espagnol pour former une anthologie de la chanson espagnole et hispano-américaine. Ils sont agencés chronologiquement, un commentaire entre chaque chanson permettant de retracer l'histoire récente de l'Espagne et des pays hispaniques, connaître certains traits culturels et aussi quelques remarques sur la traduction des textes de type poétique.

Donc l'idée, c'est que je mette sur chaque post un petit commentaire didactique sur le contexte de la chanson, la traduction personnelle, et l'oeuvre originale (et éventuellement, la chanson en Français, énregistrée sur notre premier concert). En 20 posts environ vous pourrez découvrir l'essentiel de tout cet univers musical et poétique.

Bien entendu vous pouvez commenter entre chacun des posts.



EL CANCIONERO, Nº1


Nous débuterons avec l'Espagne. "Si me quieres escribir" et "Ay, Carmela", deux des chants républicains les plus célèbres et représentatifs, pendant la guerre civile.

Pour traduire ces chants, j'ai décidé de grouper les deux textes, et leur donner la forme d'une lettre, censée être écrite par un soldat de l'armée républicaine de l'Ebre à sa fiancée


POPULAIRE : “¡AY CARMELA! / SI ME QUIERES ESCRIBIR”

LETTRE D’UN SOLDAT DE L’ARMÉE RÉPUBLICAINE DE L’ÈBRE À SA FIANCÉE

« Carmela,

Je suis sur le front de Gandesa, dans la quinzième brigade, la glorieuse quinzième brigade. Nous luttons contre des armées venues du Maroc, des curés, des légionnaires et des fascistes. Ici, si je veux manger, je peux toujours aller à l’auberge d’en face. A la porte, il y a un marocain, Mohamed, qui t’invite à entrer. En guise de hors-d’œuvre, il te sert des grenades, et comme plat de résistance de la mitraille, histoire de te rappeler où tu es.

Ay, Carmela ! Ici, sur le front de Gandesa, nous n’avons plus ni munitions, ni tanks, ni canons. Mais qu’importent les bombes, j’ai trop de rage au cœur, et puis, j’ai ton amour.

Si tu veux m’écrire, tu connais mon adresse : le front de Gandesa, en première ligne, sous le feu de l’ennemi.»







[/quote]


Dernière édition par Charivari le Mar 4 Jan 2011 - 21:32, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Sam 2 Oct 2010 - 15:48

petit détail sur le nº1 -> s'agissant de chants populaires, les textes varient selon les versions, surtout pour "Ay Carmela", ce qui explique que dans la version musique que j'ai postée, il y a quelques phrases qui changent de la version traduite.

Sinon, avant de commencer, je voudrais souligner que je choisirai en général la version la plus intéressante au niveau musical, et pas forcément l'originale. Du coup vous aurez le droit à plusieurs versions flamenco de chansons qui ne l'étaient pas à l'origine.



EL CANCIONERO Nº2

Qu’en est-il de la chanson espagnole pendant la période franquiste ? La chanson contestataire, interdite en Espagne, s’écoutait depuis l’exil. Paco Ibañez chantait à l’Olympia de Paris : ses textes étaient des adaptations musicales des grands poètes espagnols comme Federico García Lorca, Blas de Otero, Rafael Alberti ou Gabriel Celaya. Figurait aussi dans son répertoire "la mala reputación", traduction de la fameuse chanson de son ami Brassens.

En Espagne, il a fallu attendre la mort de Franco pour entendre ce type de chansons. En 1976, Luis Eduardo Aute enregistre "Al alba", qui évoque la dernière nuit passée par un condamné à mort. "Al alba" est devenue une chanson fétiche pour tous ceux qui ont connu les souffrances de l’après-guerre et de la dictature.

Ses images simples et dures à la fois, sa portée symbolique et onirique le rapproche de poètes comme García Lorca. Ce n’est donc pas un hasard si cette chanson, passée d’interprète en interprète, a été finalement reprise en flamenco récemment par José Mercé. (voir vidéo)

La traduction, en rimes, est néanmoins assez fidèle, même si elle perd beaucoup de force.


A L’AURORE

1) Si je te disais mon amour
Que je crains le lever du jour
Quelles sont ces étoiles dans l’espace
Qui blessent comme des menaces
Sais-tu que la lune s’est tranchée
Et la lune a saigné


Je pressens que ce long soir
Précèdera la nuit noire
Reste là mon amour encore
Ne m’abandonne pas, à l’aurore
à l'aurore, à l'aurore ...


2) Les enfants que nous n’avons pas
Semblent deviner déjà
En dévorant les dernières fleurs
Dans les cloaques où ils demeurent
Que le temps qui s’achemine
Se nourrira de famine

Je pressens que ce long soir
Précèdera la nuit noire
Reste là mon amour encore
Ne m’abandonne pas, à l’aurore
à l'aurore, à l'aurore ...


3) Des milliers de vautours dans le ciel
Sans bruit déploient leurs ailes
Mon amour sens-tu la désespérance
De cette silencieuse danse
Maudite ronde de morts
Grains de poussière dans l’aurore


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Lun 4 Oct 2010 - 9:30

EL CANCIONERO nº3

La chanson sociale et politique, à l’époque franquiste, était bien entendu censurée. Il ne restait plus que la chanson d’amour : mais que chanter, puisque vous ne pouviez parler ni de séparation, ni d’adultère, ni même de doute, et que vous deviez rester toujours chaste ?

Voici maintenant un exemple d’une chanson « Politiquement correcte » pour l’époque. C’est une chanson délicieusement « fleur bleue », c’est le cas de le dire, puisque la chanson s’intitule « Le petit bouquet de violettes » (« Un ramito de violetas »), écrite par Cecilia (années 70).

Mine de rien, cette chanson en apparence mièvre et sans grand intérêt est particulièrement révélatrice du statut de la femme à la fin du franquisme. N'oublions pas qu'à l'époque, le divorce était bien entendu prohibé, la violence conjugale tolérée et même objet de plaisanteries à la télévision ou à la radio, une femme qui abandonnait le domicile conjugal enfreignait la loi, etc. Ce texte est donc le reflet d'une réelle progression des moeurs, même s'il peut aujourd'hui paraître plutôt machiste: en effet ici, Cecilia aborde le point de vue féminin sur le mariage, et surtout son personnage, une femme mariée ose imaginer une liaison romanesque avec un autre homme que son époux sans être blâmée. C'est une vraie révolution pour une chanson populaire. Cependant, Cecilia ne va pas jusqu'au bout et le message est ambigü:

-à la deuxième strophe, elle se sent obligée de dire que le phantasme de cette femme mariée, ce n'est pas un jeune Roméo, mais un vieil homme bien élevé, histoire de supprimer un élément "libidineux" qui aurait été très mal perçu à l'époque

-la morale laisse penser que c'est finalement le mari, avec sa petite vengeance, qui a raison, mais qui tolère les "extravagances romanesques" de sa femme un peu trop frivole. Le message reste donc le même: l'amour n'est possible que dans le cadre du mariage, et c'est le mari qui a le dessus. La différence, c'est que le mari jaloux ne frappe plus sur sa femme, et que cette femme délaissée, on peut et on doit la comprendre...

La traduction est en rimes, mais elle est assez fidèle à l'original, hormis sur deux points:

- Le refrain a été écourté pour en faire une version valse

- Les deux premiers vers ont été un véritable casse-tête, et sont très révélateurs du thème en question: la traduction littérale serait "elle était heureuse dans son ménage - Même si son mari était le diable en personne". Le problème étant que "être heureux dans son ménage" est une expression passe-partout qui veut dire "ne pas avoir de trop gros soucis personnels". Mais le paradoxe, une fois traduit littéralement, saute aux yeux. C'est le paradoxe même de cette chanson, mais comme en Français cela ne passait du tout, j'ai opté pour le consensus: "elle avait bien ses moments de bonheur bien que son mari fût un drôle de diable" qui correspond à l'histoire racontée dans la chanson...


LE PETIT BOUQUET DE VIOLETTES

1) Elle avait bien ses moments de bonheur
Bien que son mari fût un drôle de diable
Toujours bougon, de mauvaise humeur
Il n’était jamais tendre ni aimable

Depuis déjà trois ans peut-être
Elle reçoit des lettres d’un inconnu
Pleines de poésies, et ces lettres
Lui ont rendu sa joie perdue

Qui lui écrivait, dis-moi, qui c’était
Tous ces poèmes sans jamais les signer
Qui lui envoyait, chaque année pour sa fête
Sans aucun mot pour les accompagner
Un petit bouquet de violettes ?


2) Et elle imagine dans ses rêveries
Qui pourrait être ce fervent amoureux
Sans doute un homme mûr aux cheveux gris
Tendresse dans les mains et sourire généreux

Mais quel est donc ce mystérieux amour
Elle n’en sait rien, elle souffre en silence
Elle vit ainsi de jour en jour
Cette anonyme romance

Qui lui écrivait...

3) Et lorsque chaque soir rentre son époux
Il lui adresse un regard en coin
Il ne dit rien, mais il sait tout
Si elle est heureuse comme ça, ça lui suffit bien
Car c’est lui qui écrit toutes ces lettres
C’est lui son amant, son amour secret
Et elle qui ignore qui ce peut être
Regarde son mari, puis se tait




Version "flamenca" par Pipa y Álvaro




Sinon, juste à titre de comparaison, voici une chanson contemporaine qui a fait un très grand succès. Bebe, sur le thème de la violence conjugale. Personnellement, j'adore:


Bebe - Malo
Cargado por laterrorista. - Explorar otros videos musicales.

Traduction (trouvée sur google - et très littérale, hélas)
{Méchant}
Tu es apparu par une nuit froide / Tu sentais le tabac et le gin / La peur me traversait déjà / pendant que je croisais les doigts / derrière la porte

Ton petit visage de beau jeune homme / S'en est allé avec le temps / Par tes veines / Et ton insécurité machiste / Se réflète chaque jour dans mes larmes

Encore une fois non, s'il-te-plaît! / Je suis fatiguée et mon coeur n'en peut plus / Encore un fois, non mon amour s'il-te-plaît / Ne crie pas, les enfants dorment

Je vais devenir comme le feu / je vais brûler tes poings d'acier / et du rouge de mes joues / je tirerai le courage pour me venger les blessures

Méchant, méchant, méchant tu es / On ne fait pas de mal à celle qu'on aime, non! / Bête, bête, bête tu es / Ne te crois pas plus fort que les femmes

Le jour est gris quand tu es là / et le soleil revient quand tu t'en vas / et la petite douleur de mon coeur / je dois la ravaler avec le fourneau

Mon petit visage de jolie jeune fille / A vieilli dans le silence./ Chaque fois que tu me dis "pute!" / Ton cerveau se fait de plus en plus petit

Tu es faible et méchant / et ne te crois pas meilleur que moi ni que personne / Maintenant je fume ma petite cigarette / et je te souffle la fumée dans le coeur







Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Mar 12 Oct 2010 - 13:28

EL CANCIONERO Nº4

Les trois chansons qui suivent à présent nous offrent un voyage à travers l’Espagne. La première s’intitule « Asturias » (« Asturies »), écrite par Pedro Garfías, poète asturien mort en exil au Mexique, et interprétée par Victor Manuel.

Les Asturies sont une région de montagnes et de mines sur la côte atlantique, dans le Nord de l’Espagne, célèbre dans l’histoire pour ses mouvements ouvriers réprimés par le gouvernement en 1934, et par sa résistance au franquisme lors de la guerre civile.

Contestataire et communiste dans les années 70-80, proche de la mouvance hippie dans les années 80-90, Victor Manuel a enchaîné dans sa carrière les succès, soit en solitaire, soit en duo avec sa femme, l’actrice et chanteuse Ana Belén.

Attention, très beau texte... Du moins, en Espagnol


ASTURIES

Asturies, si je pouvais,
Si je savais te chanter
Verts sont tes vallées et tes monts
Et noires tes mines de charbon

Je suis homme du Sud, je reviens,
Poussière, soleil, fatigue et faim
Faim d’horizons, faim de pain
La faim.

Et sous cette peau asséchée
Des rivières de sang coagulé
Coulent vers ton coeur asphyxié
Sans nulle veine pour te soulager

Les yeux vides, les yeux aveuglés
De t’avoir trop de fois contemplée
Sans te voir, Asturie, lointaine terre
Fille de ma propre mère

Deux fois, deux fois tu as failli
Tout perdre en une seule partie
Deux fois tu as risqué ta vie
En misant tout sur un pari.

Mais qui ferait tomber aujourd’hui
L’arbre sans ramage des Asturies?
Nu, sec et cloué au monde
Aux racines ensevelies profondes

Qui à travers toute l’Espagne voyagent
Et nous crispent de courage
Ouvriers du monde, regardez
Sa fière silhouette se découper

Contre le ciel impassible
Vertical et irascible
Ferme contre le ferme rocher
Ecorché vif, la chair blessée

Des millions de poings dans les airs
Levés qui crient leur colère
Des millions de coeurs à l’unisson
Qui frappent contre tes prisons

Prépare ton dernier saut dans le vide
Toi, la mort lâche et livide
Prépare ton dernier saut à l’instant
L’Asturie est là qui t’attend

Seule au milieu de la terre
Fille de ma propre mère.




Une vraie force dans le texte, dans l'interprétation... Une chanson magnifique, un véritable hymne au meilleur sens du terme, dont il existe de nombreuses versions (psychédélique, avec orchestre philarmonique, a capella, etc...)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Gaspard
Petit Chose
Petit Chose


Masculin
Nombre de messages: 35
Age: 32
Date d'inscription: 19/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Dim 20 Mar 2011 - 16:24

Asturias... Que de souvenirs. Merci.
Que dire de "Un Canto A Galicia" ? Pas mal non plus.
"Mi Salamanca" de Farina ? Very Happy


Dernière édition par Gaspard le Lun 21 Mar 2011 - 13:48, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Dim 20 Mar 2011 - 17:23

Gaspard a écrit:
Asturias... Que de souvenir. Merci.
Que dire de "Un Canto A Galicia" ? Pas mal non plus.
"Mi Salamanca" de Farina ? Very Happy


tiens ! J'avais arrêté de poster sur ce topic, parce que j'avais l'impresssion que tout le monde s'en foutait. Je veux bien continuer...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Gaspard
Petit Chose
Petit Chose


Masculin
Nombre de messages: 35
Age: 32
Date d'inscription: 19/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Lun 21 Mar 2011 - 13:48

Continuez, svp.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Mar 22 Mar 2011 - 17:25

alors ok. Pour Gaspard, donc...

EL CANCIONERO Nº5

La « Nova canço » catalane pourrait, à elle seule, faire l’objet d’une anthologie particulière. Pendant le franquisme, les chansons en catalan étaient plus engagées, plus directement politiques que dans le reste de l’Espagne : la langue était déjà elle-même interdite, alors, quitte à être censurés, autant dénoncer directement le régime. Les chansons comme « Al vent » de Raimon (« Au vent », réponse directe au chant franquiste « Cara al sol »), ou « L’Estaca » de Lluis Llach sont devenues des hymnes à la liberté qui couraient de bouche en bouche dans toute la Catalogne. C’étaient les années 60-70, l’époque des concerts épiques qui finissaient par l’intervention des forces de l’ordre, « les gris » comme les appelaient les étudiants.

Du fait de la langue utilisée, le catalan, ces chansons n’entrent pas dans ce répertoire de traductions-adaptations de chansons en espagnol (en « castillan », faudrait-il dire pour être plus exact). Par contre, aux côtés de Raimon et de Lluis Llach, figure un troisième grand chanteur catalan, Joan Manuel Serrat, moins politique que les deux précédents, et qui chantait aussi en castillan. Voici sa chanson la plus célèbre, intitulée « Méditerranée », qui prolonge notre voyage en Espagne. Deux versions : J.M. Serrat et "flamenquito", avec Estopa

Sur un prochain post, Lluis Llach et Raimon, et sur un autre, un petit topo sur le flamenco, pour différencier les différentes branches : flamenco traditionnel, joven, fusion, copla et flamenquito...


MÉDITERRANÉE

Mon enfance continue de jouer / Sur ta plage ou bien cachée
Derrière les roseaux, et dès lors / De mon premier amour qui dort
Je garde la lumière et l’odeur / Où que j’aille où que je demeure
Et en tas sur la fine arène / J’ai ton amour, tes jeux, tes peines.

Moi... Qui sur la peau porte la saveur / Amère des éternels pleurs
Que sur toi versèrent tant de races / D’Istambul à Algésiras
Tu peins l’horizon en bleu d’azur / Pour que tes nuits d’hiver soient moins dures
Après tant de mésaventures / Tu as l’âme profonde et obscure.

A tes crépuscules rouge feu / Se sont tant habitués mes yeux
Comme le virage au chemin
Je suis chanteur et malandrin / J’aime le jeu, j’aime le vin
J’ai en moi l’âme des marins

Que vais-je y faire si je suis né / Au bord de la Méditerranée?


Tu vas, tu viens, et au passage / Tu embrasses mon village
Au gré de tes marées volages / Tu pars songeant à revenir
Comme une femme qu’on ne peut retenir / Parfumée de goudrons et d’embruns
Qu’on regrette et qu’on désire / Qu’on connaît, mais que l’on craint.

Ay... Si par malheur vient le moment / Où me trouveront les parques
Jusqu’à la mer poussez ma barque / Avec vent d’Automne au levant
Laissez-donc que le fil du temps / Vienne éroder ses blanches ailes
Et moi, enterrez-moi simplement / Sans deuil, entre plage et ciel.

Et sur le versant d’une colline / Promontoir perché qui domine
Le fond de l’horizon lointain
Mon corps formera le chemin / Qui fera verdir la cime des pins
Et fera jaunir le genêt

Près de la mer, car je suis né / Au bord de la Méditerranée.




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Gaspard
Petit Chose
Petit Chose


Masculin
Nombre de messages: 35
Age: 32
Date d'inscription: 19/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Ven 25 Mar 2011 - 20:44

M-A-G-N-I-F-I-Q-U-E.
Je suis contre les reprises donc pour moi ce sera celle de Serrat. Very Happy
Ce type-là est un génie.
J'adore aussi Victor Manuel et son album "Tiempo de Cerezas".
Allez j'attends la suite avec impatience.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Sam 26 Mar 2011 - 9:55

Bah, je ne crois pas qu'il faille être "contre" les reprises, tout dépend de l'esprit de la reprise, en fait. Cela permet, pour la chanson de créer des "standards", comme cela existe dans le jazz ou dans le blues. Mais bon, c'est un avis personnel.


Petite digression pour revenir sur la "nova canço" catalane, et plus généralement sur la censure à l'époque franquiste.

Il est extrêmement intéressant de voir comment les artistes ont su contourner la censure, et comment cette censure les obligeait à redoubler d'inventivité. D'autre part, force est de constater la nullité absolue des censeurs espagnols de cette époque, incapables de comprendre le second degré, ou le sens réel d'oeuvres complexes

Deux petites anecdotes cinématographiques qui sont assez cocasses.

La première est assez célèbre, et concerne un film avec Humphey Bogart (African Queen peut-être ? pas sûr). Il y avait une histoire d'adultère et des scènes de baisers. Les censeurs ont bien sûr supprimé les baisers, et au moment du doublage, ils ont aussi opté pour transformer la relation entre les deux personnages en relation frère-soeur. Le problème étant que tout le monde, en voyant le film, a cru qu'il s'agissait d'un couple incestueux !

La seconde, très célèbre aussi, concerne un des chefs-d'oeuvre de Buñuel, "Viridiana". Les censeurs y ont vu une oeuvre édifiante pour le catholicisme et ont autorisé le tournage du film en Espagne. Ensuite, Viridiana a gagné la palme d'or à Cannes, et c'est en lisant les critiques étrangères que les censeurs ont enfin compris la portée iconoclaste de cette oeuvre, et qu'ils l'ont finalement interdite.

En ce qui concerne la chanson, puisqu'il s'agit du thème ici, c'est la "nova canço" catalane qui a le plus flirté avec les limites de la censure. La langue catalane était interdite par le franquisme, mais à la fin, dans les années 60, il y avait une certaine tolérance pour les chansons et manifestations folkoriques. C'est dans cette voie que se sont lancés deux des plus grands chanteurs catalans, Lluis Llach et Raimon (qui en réalité est valencien, mais c'est très proche du catalan).

Lluis Llach chante "l'estaca" (le pieu), dont les paroles racontent, plus ou moins, l'histoire d'un pieu planté profondément dans la terre, un pieu vermoulu, qui a pourri, et qu'on pourra arracher si tout le monde tire un peu dessus... Encore ici double sens, le pieu enfoncé dans la terre, c'est bien entendu la dictature ! "l'estaca" est très assurément LA chanson symbole de la résistance catalane au franquisme.

Raimon est allé beaucoup plus loin, puisqu'il chantait sa protestation de manière explicite. Ses concerts clandestins sont célèbres. D'autres étaient autorisés, à condition qu'il ne chante pas "Diguem no" (nous disons non)... Du coup dans les concerts, ce n'était pas lui qui la chantait.... mais le public !

Cependant, sa chanson la plus célèbre est "Al vent", un texte qui répond directement à l'hymne franquiste "Cara al sol" (le visage au soleil). Au vent, le visage au vent, les mains au vent, au vent du monde... La censure n'y a vu que du feu.

Ces chansons en catalan ne font pas partie du répertoire, à cause de la langue que je ne domine pas vraiment (encore que, entre le français et l'espagnol, ce n'est pas si difficile). C'était donc une digression... Je vous poste Lluis Llach et Raimon.



[/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Gaspard
Petit Chose
Petit Chose


Masculin
Nombre de messages: 35
Age: 32
Date d'inscription: 19/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Sam 26 Mar 2011 - 13:52

J'ai l'impression d'avoir perdu le fil de la discussion. Entre la chanson, la censure/franquisme etc.
Pour info : Victor Manuel a écrit "Un Gran Hombre" en 1966 je crois.
Il était bourré ou était-ce un tremplin pour la suite de sa carrière ? Rolling Eyes
À moins que ce ne fut une chanson ironique et je n'ai donc rien pigé.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Sam 26 Mar 2011 - 15:10

Gaspard a écrit:
J'ai l'impression d'avoir perdu le fil de la discussion. Entre la chanson, la censure/franquisme etc.
Pour info : Victor Manuel a écrit "Un Gran Hombre" en 1966 je crois.
Il était bourré ou était-ce un tremplin pour la suite de sa carrière ? Rolling Eyes
À moins que ce ne fut une chanson ironique et je n'ai donc rien pigé.


euh... pour le fil de la discut', en fait, ce n'était pas vraiment une discut' mais un monologue Surprised

Sinon, je ne connais pas "un gran hombre", de qui ça parle. 66 ça m'étonne parce qu'il n'est pas si vieux que ça, non plus, cet homme.

Réédit : oui, je viens de voir. Victor Manuel, 19 ans, débute à la télé. On lui fait chanter une chanson de propagande sur Franco, appelée "Un grand homme". Ce n'est que plusieurs années plus tard que la conscience politique du jeune homme s'éveille. Apparemment, V. Manuel a expliqué ça en interview il y a quelques années, mais faut croire que ça fait plaisir à certains de garder l'ambigüité
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Morrigane
Petit Chose
Petit Chose


Féminin
Nombre de messages: 26
Age: 22
Date d'inscription: 10/03/2011

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Ven 29 Avr 2011 - 15:15

Pour le Ramito de violetas, je ne connaissais que la version de Manzanita que j'aime beaucoup. J'aime aussi Estopa, ils mettent beaucoup de "vieilles" chansons au gout du jour comme Mediterraneo, on aime ou on n'aime pas. Personellement, je trouve que la version de Serrat fait vraiment vieillotte.

Si on cherche une chanteuse de Flamenco différente, le nom d'Estrella Morente me vient en premier. Une voix magnifique, un style différent... Wink
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Dim 31 Juil 2011 - 15:48

Morrigane a écrit:
Pour le Ramito de violetas, je ne connaissais que la version de Manzanita que j'aime beaucoup. J'aime aussi Estopa, ils mettent beaucoup de "vieilles" chansons au gout du jour comme Mediterraneo, on aime ou on n'aime pas. Personellement, je trouve que la version de Serrat fait vraiment vieillotte.

Si on cherche une chanteuse de Flamenco différente, le nom d'Estrella Morente me vient en premier. Une voix magnifique, un style différent... Wink


Salut Morrigane. Après plusieurs mois, je vais reprendre ce topic.

Je vais parler du flamenco sur deux posts, celui-ci et le suivant, que je rééditerai au fur et à mesure. Sur celui-ci, je vais mettre des trucs de flamenco plutôt traditionnel et sur le suivant, du flamenco-fusion (flamenco rock, rap, folk, etc). Après, je reprendrai mes élucubrations sur la chanson à texte, en espagnol, ok ?

Pour commencer, du vieux, du très vieux. La famille Montoya en impro dans un tablao, avec la doyenne, "La negra" et la toute jeune Lole, qui deviendra plus tard une des plus grandes dames du Flamenco.



Le grand, la légende, le Bob Marley du chant flamenco : Camarón de la Isla. accompagné par Tomatito :


Camaron de la Isla et Tomatito - Como El Agua -... por fandanguillos

Puisqu'on est dans les légendes, Paco de Lucía, bien sûr...



Paco de Lucía et Camarón ont opéré à une vraie révolution dans le Flamenco en intégrant de nouveaux instruments, comme la basse électrique, et de nouveaux brassages. C'est ce qu'on appelle le "flamenco joven", le jeune flamenco.



Buika. Née à Majorque mais originaire de Guinée équatoriale. Son "cante" a parfois des accents africains très intéressants. Attention, c'est un morceau d'anthologie ce truc ...


Buika - Jodida pero contenta por Warner-Music

Falete : c'est un vrai phénomène de société. Il est gros, il est homo, il se maquille et se fringue comme une femme. Une vraie révolution pour un monde aussi macho que celui du flamenco. Il a remis au goût du jour la copla, tombée en désuétude...


je repasserai...


Dernière édition par Charivari le Dim 31 Juil 2011 - 16:26, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
Charivari
"Luke, je suis ton auteur"



Masculin
Nombre de messages: 1931
Age: 40
Localisation: Séville, Espagne
Pensée du jour: Le rêve de la raison engendre des monstres (Goya)
Date d'inscription: 13/09/2010

MessageSujet: Re: Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...   Dim 31 Juil 2011 - 16:07

Flamenco fusion :

Bebo y Cigala. Rencontre entre un très grand pianiste cubain et le successeur naturel de Camarón. Un grand moment :




Radio Tarifa
: fusion flamenco et musique arabo-berbère :



Macaco . Flamenco hip-hop :



Mélange du flamenquito commercial des années 60 (las grecas) et du rap années 2010 (Haze)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://charivari.foroactivo.com/
 

Pour connaître la chanson espagnole et latino-américaine...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» retrouver la chanson
» L'armée espagnole, 1808
» Musique pour tous...
» cartouchiere pour k98 de fouille
» scénario pour bande dessinée

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum des Jeunes Écrivains :: Culture et Littérature :: Arts et Cultures-