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 [Auteur] Rodrigo Fresán

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Menear  /  Le bruit et la pudeur


J'avais déjà parlé de lui dans un  précédent topic qui n'avait pas connu le moindre succès mais bon je récidive.

Rodrigo Fresán est un auteur argentin, l'un des auteurs qui compte en littérature sud-américaine actuelle. En France, on commence peu à peu à le mettre au goût du jour (ses livres paraissent "à l'envers" : d'abord son dernier, puis à rebours de ses parutions sud-américaine preuve qu'on a un peu de retard à rattraper). Son chef oeuvre s'appelle Mantra, paru depuis deux ans au Passage du Nord/Ouest.

Récemment, la même maison d'édition a publié son précédent livre, l'énorme La vitesse des choses, pas vraiment recueil de nouvelles, pas vraiment récit linéaire non plus, certainement l'un des labyrinthe fictionnel les plus intéressants dans la production actuelle.

Un extrait pour ceux que ça intéresse :

Citation :
Les morts remplissent une fonction sociale transcendante, s'acquittent d'une tâche bien plus importante que celle qui consiste à nous offrir les trois coups presque simiesques que nous attendons d'eux en nous tenant la main, sur une table de spiritisme, dans le noir. Ce sont les morts qui exigent qu'on leur fasse signe. Résignés à un Dieu absent et tendu, ils sont ce qui se rapproche le plus des divinités : les morts sont des dieux auxquels nous pouvons croire car nous les connaissions quand ils étaient vivants et mortels. Les morts nous obligent toujours à faire fonctionner la machinerie et le reflet de la mémoire lorsqu'ils exigent de nous qu'on se souvienne d'eux. Les morts sont ce miroir magique dans lequel nous nous regardons et que nous interrogeons en espérant obtenir la réponse correcte à nos questions. Les morts nous demandent et nous redemandent : « Tu te souviens ? tu te souviens ? tu te souviens ? » Et nous nous souvenons et, ce faisant, nous nous sentons prêts à admettre la normalité de l'anormal dans la texture et la trame de nos vies, l'invraisemblable mais vrai, le fait incroyable que cette personne qui a été un jour parmi nous soit à présent morte et en nous. L'être réel désormais irréel sans cesser d'être pour autant. Les morts sont et étaient très importants aux yeux des écrivains car, grâce à eux – et à leur exemple, à leur strange confort afforded by the profession –, ils pouvaient admettre qu'ils ne comprendraient jamais le monde « normal », le « réel », tant que ces normalités et ces réalités n'auraient pas atteint leur taille et leurs puissances maximales. Alors seulement ils se présentaient à nous comme les plus anormales des fictions, comme les morts et la mort surgissant au cours de notre vie, comme les histoires mortes que j'aimerais ressusciter pour ensuite – tu te souviens ? tu te souviens ? tu te souviens ? - pouvoir m'en souvenir.

L'histoire du trafiquant de livres n'est pas mauvaise, mais le personnage de la fille m'intéresse davantage – elle est victime d'un mal appelé « Panique de la Fuite Considérée », qui figure déjà dans l'une de mes nouvelles antérieures aux nuits qui ont vu les écrivains commencer à mourir –, de même que celui du père du narrateur. Quelle est cette histoire dans sa lettre ? De quoi parle-t-il quand il mentionne le costume de superhéros ? Dois-je continuer d'explorer ces possibilités ?
Le reste est insignifiant : extraits de publications scientifiques, souvenirs d'un voyage que j'ai fait il y a des années, mon intérêt pour Philip K. Dick et les losers aliénigènes (les auteurs de science-fiction ont été les premiers à mourir ; Dick, j'en suis sûr, était l'un d'entre eux), mon système particulier non pas pour écrire, mais ordonner une histoire, lancer une idée dans une direction donnée et la regarder se faire bombarder par une infinité de micro-idées qui la déportent n'importe où. J'aime me dire que j'écris – que j'écrivais – comme on jouerait au ping-pong sous la pluie, comme si la pluie était forcément incluse dans le règlement de ce sport.

Des histoires...

Chaque histoire nous offre la possibilité d'aboutir à une fin sans que les choses soient nécessairement finalisées. Depuis notre naissance – depuis l'histoire de son déroulement –, nous sommes exposés à d'innombrables narrations jusqu'à ce que nous atteignions l'histoire de notre mort.

Les partisans du roman diront que notre vie n'est qu'une longe narration dont le titre est notre nom. Romans croisant d'autres romans, personnages secondaires à nos yeux qui sont les héros d'une saga que nous ne lirons jamais. C'est possible... Mais nul ne niera que s'il est vrai qu'à l'heure de notre mort, toute notre vie défile en quelques secondes sous nos yeux agonisants, alors au bout du compte, tout roman devient une nouvelle, une fiction soudaine, un produit édité réduit à sa plus petite expression, une feuille de papier froissée. Et peut-être qu'ainsi, dans ce format nouveau et minimal, dans la compression maximale de ce qu'on a vécu, nos existences acquièrent un sens inédit, précis et parfait qui nous permet de mourir un sourire ou une grimace aux lèvres.

A signaler aussi, plus accessible et tout aussi agréable, la sortie au Seuil il y a quelques années de son dernier "roman", une biographie fictive de James Matthew Barrie, le créateur de Peter  Pan.

Enfin (je termine je le jure), un lien personnel avec chronique-dyptique de La vitesse des choses mis en ligne aujourd'hui sur Omega Blue :
http://www.omega-blue.net/index.php/post/2008/09/28/Rodrigo-Fresan-La-vitesse-des-choses

PS : Je ne sais pas si ce topic rencontrera plus de succès que le précédent, mais je me permets de l'adresser au moins à deux personnes : Nox et William Wilson, il me semble que c'est typiquement le genre d'auteur qui pourrait vous plaire Wink .
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Nox
   
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C'est donc noté =)

EDIT : Le monsieur est-il édité en poche ?
 
Nuée
   
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Noté aussi.
Merci Menear.
 
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C'est effectivement un auteur très atypique... j'ai lu de lui les jardins de Kensington, dont on n'avait pas assez parlé à l'époque, je trouve.
J'attends de lire la Vitesse des choses.

A ceux que ça intéresse, je crois que le prochain numéro du Matricule des Anges consacrera un dossier à cet auteur.

...
 
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Polymetis a écrit:
A ceux que ça intéresse, je crois que le prochain numéro du Matricule des Anges consacrera un dossier à cet auteur.

...

Ah cool ça, merci pour l'info Smile .
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En train de finir tranquillement la Vitesse des choses...

Pas grand chose à dire. Assez indescriptible...

Un sacré coup de force.
 
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Menear  /  Le bruit et la pudeur


On parlait plus haut du numéro du Matricule des anges qui a fait un dossier sur Fresan. Je vous copie/colle deux extraits qui m'ont paru intéressants, et qui le seront également pour vous si j'ai réussi à vous convaincre que Fresan c'était top moumoute. Le premier a rapport aux séries télé, le second à la ville fictive qu'il a mis en place dans chacun de ses livres (extraits copié/collé depuis Omega Blue, ne rêvé pas, je n'ai pas tout recopié uniquement pour les JE ! Razz)

Citation :
Ce feuilleton a été décisif. Contrairement à la plupart des écrivains, je n'ai absolument rien contre la télévision, je la regarde beaucoup. Je considère que nous en vivons aujourd'hui l'âge d'or, les séries que l'on retrouve à la télévision étant souvent extrêmement bonnes. Mais la Bible, pour moi, c'est évidemment La Quatrième dimension. J'ai découvert en regardant cette série qu'il était possible de raconter une histoire différemment. Les autres films ou livres racontaient les choses en passant de A à B, puis à C, puis à D. Je crois que je ne m'en suis jamais remis : voilà pourquoi mes nouvelles partent dans tous les sens, qu'elles se refusent à progresser de façon linéaire. Quant à Rod Serling, c'est tout simplement l'un des héros de mon enfance. Je le voyais au début de chaque épisode, quand il introduit l'histoire, et je me disais « ça c'est un boulot extraordinaire : c'est ce que je veux faire » !

Rodrigo Fresán interviewé par Etienne Leterrier pour Le Matricule des anges N°98, P.32.

Citation :
En ce qui concerne les lieux, il y a bien sûr la ville de Canciones Tristes, avec laquelle je joue tout le temps. C'est une astuce que j'ai découverte : pourquoi inventer différents lieux sur la planète quand on peut à l'inverse, répandre la même ville un peu partout ? Faulkner a fait pareil, avec Yoknapatawpha, Juan Carlos Onetti aussi, avec la ville de Santa Maria. C'est d'abord très confortable parce que ces lieux nous appartiennent à nous seuls et qu'il n'y a plus besoin, du coup, de se poser la question « est-ce bien possible, est-ce réaliste ? » Bien sûr que c'est possible, puisque je l'ai inventé ! Ces rues sont à moi, et j'en fais ce que je veux. Parfois, on me dit que c'est sans doute ce qui me relie le plus au réalisme magique, à Macondo par exemple : pourquoi pas, même si je n'en suis pas vraiment sûr. Car le fait que Canciones Tristes se déplace en quelque sorte d'un point à l'autre du monde est aussi lié à la ville de Buenos Aires : vous vous y promenez et découvrez soudain que cette rue, que ce carrefour est exactement comme à Paris, comme à Londres ou à Madrid, tout simplement parce que les immigrés qui l'ont construite en ont fait cette espèce de parc à thèmes géant de toutes les villes d'Europe, parce que le monde entier est venu pour donner à Buenos Aires son visage.

Ibid., P. 34-35.
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Menear  /  Le bruit et la pudeur


Je remets le topic dans le courant de l'actualité (!) puisque c'est le cas : deux livres de Rodrigo Fresan sont sortis ces derniers jours quasiment simultanément. Il s'agit du Fond du ciel (Seuil), son dernier livre en date et Vies de saints (Passage du Nord Ouest), qui date de 1993 mais qui connaît là sa première parution en France. On signale aussi la reparution de Mantra, dont je parlais plus haut dans ce même topic, avec une nouvelle couverture.

[Auteur] Rodrigo Fresán FresanX3

Pour plus d'infos sur Mantra, cliquez là, pour lire ma chronique du Fond du ciel cliquez ici Wink .
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Pour ceux qui lisent en numérique, à noter l'arrivée de deux titres de Fresan sur les plateformes epagine. Bon, d'accord il n'y a qu'une version PDF pour l'instant et c'est toujours beaucoup trop cher, mais c'est un début.

http://bibliosurf.epagine.fr/listeliv.php?edi=515
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Jam
   
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Je viens de commencer Mantra, motivé par des critiques qui disaient tout et son contraire. C'est vrai qu'il a l'air bien fou.
 
Nox
   
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Nox  /  Vacher polyvalent


Bien bien ça !

J'ai rencontré l'éditeur de Passage du Nord-Ouest au Salon du Livre. C'est un monsieur très bien. Il faut lire leurs livres (et cette nouvelle couv de Mantra est à tomber par terre !)
 
Menear
   
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Oui, indépendamment de Fresan, Passage du Nord Ouest est un excellent éditeur qu'il faut absolument défendre et encourager !
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